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Les médecins à 4 milliards de dollars

periode des questions
Simon Clark/Agence QMI

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Alors que les Québécois sortent à peine de la période des impôts, le journal Le Devoir nous rappelait la semaine dernière que tous n’en arrachent pas. En effet, selon le quotidien, la controversée entente entre Québec et les médecins spécialistes allait finalement coûter 4 milliards de dollars. De son côté, le Conseil du Trésor prétend plutôt que la facture s’élèvera à 2 milliards de dollars. Son président, Pierre Arcand, affirme ne pas contester les chiffres du Devoir mais leur interprétation.

Dès lors que la question médicale survient, on ne peut jamais prédire exactement les coûts. Après tout, en 2015, 800 millions de dollars avaient été déboursés par erreur par le ministère de la Santé.

On sait que les médecins représentent une part importante du 1 pour cent le plus riche au Québec, et que les investissements grandissant en santé se retrouvent de plus en plus dans leurs poches : alors qu’ils obtenaient 15,6 pour cent des 30,8 milliards $ dépensés en santé en 2011, ils ont maintenant 22 pour cent des 34,4 milliards dépensés en 2018. Le mieux payé parmi les spécialistes, le radiologue, touche une rémunération d’environ 700 000 dollars par année.

Une question mérite d’être posée : quelle société développée, dans le monde, traite ainsi une minorité de privilégiés ? L'État québécois est réduit au statut d'instrument fiscal, servant ensuite de bar ouvert pour la clique.

Dans notre histoire, cette période qui a porté le nom de Révolution tranquille a entre autres eu pour but de permettre aux Québécois de prendre leur place et d’espérer mieux que d’être des porteurs d’eau. Pour ce faire, il a fallu démanteler les trusts et les intérêts particuliers qui faisaient main basse sur le Québec.

Or, le lobby médical a alors plutôt su inscrire son pouvoir à travers l’institution étatique. La création de la RAMQ partait d’un principe évidemment fort louable, offrir une couverture à tous et toutes. Mais la réforme a été détournée pour en arriver à un système de privatisation des profits et de socialisation des pertes. En refusant de remettre en question le statut d’entrepreneur du médecin (qui peut, en plus, s’incorporer pour sauver de l’impôt), ça ne cessera pas.

Un ministre de la Santé négociant avec les fédérations médicales, ça doit ressembler aux rencontres entre René Lévesque et les trusts hydroélectriques en 1962, qui exploitaient sans vergogne les richesses naturelles du Québec. Et pourtant, ils ont été nationalisés. Mais nos élus ne sont pas de la trempe de René Lévesque.

La question médicale est un enjeu colonial.