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Mourir à tue-tête

Martine Ouellet
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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Comme si l’agonie du Bloc n’était pas assez pénible, sa chef semble vouloir le voir s’éteindre avec fracas, avec peut-être même un dernier spasme cadavérique. Le président du parti, Mario Beaulieu, a échoué dans son ultime tentative de signifier la porte à Martine Ouellet et de sauver le parti de la disparition. Encore plus dramatique, ce sont les effets négatifs d’un tel cirque sur les autres partis indépendantistes et les risques courus pour la prochaine élection au Québec.

Le comportement paradoxal de la chef du Bloc qui impute les tribulations de son parti aux sept démissionnaires en les semonçant vertement, tout en prétendant leur tendre la main, nous révèle une grande part d’inconscience. Elle s’en est également prise au président Beaulieu tout en l’invitant à demeurer au sein du parti et du caucus. De surcroît, elle agit comme Donald Trump en menant une charge contre les médias pour les accuser de colporter de fausses nouvelles. Faisant preuve d’un déni total sur ses responsabilités personnelles dans la présente crise, elle s’apparente à ces gourous persuadés d’être les seuls à détenir la vérité et suivis aveuglément par des disciples fidèles. Toutes pensées divergentes aux leurs ne peuvent être qu’hérétiques.

Selon ce qui nous est rapporté, les propositions, qui menaient à une sortie de crise plus rapide avec un référendum devancé et portant exclusivement sur un vote de confiance, étaient associées à une tentative de putsch et chahutées bruyamment par des observateurs fidèles à la chef Ouellet. Il était risible de lire les propos de Xavier Barsalou qui se réjouissait de la grande légitimité du plan de sa chef après l’aval reçu du conseil général. Il faut être passablement étourdi pour croire pareilles sornettes, alors que les reportages télévisés nous montraient des militants sortant dépités de la rencontre et spéculant sur l’avenir du Bloc et sur leur propre adhésion au parti.

La famille indépendantiste devra encore subir le film des tensions au sein du Bloc dans le prochain mois qui mène à un référendum de plus en plus vide de sens, considérant les potentielles désertions de militants désabusés. Martine Ouellet et son entourage peuvent s’ingénier à se donner raison, mais il est de moins en moins évident qu’ils trouveront un bassin de population suffisamment important pour redonner une présence significative au Bloc lors de la prochaine élection fédérale.

La tentative de sauvetage de Mario Beaulieu ayant échoué, les députés démissionnaires n’auront guère le choix, au cours des prochains jours, que de renoncer à un éventuel retour et d’oser l’impossible en créant un nouveau parti plus proche des aspirations qu’ils défendent. Leur chance de succès est toutefois mince et il y a fort à parier que c’est la fin d’une présence significative de députés indépendantistes dans l’enceinte fédérale.