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Notre investissement de 1,3 G$ dans la C Series en chute libre

L’argent des Québécois dans l’avion a perdu les deux tiers de sa valeur

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Alors qu’Airbus s’apprête à prendre le contrôle de la C Series de Bombardier pour 0 $, les états financiers de la multinationale québécoise révèlent que la valeur comptable de l’investissement des Québécois dans le programme a plongé de 900 millions $ CA.

En 2016, Québec a injecté 1 milliard $ US (1,3 G$ CA) dans la Société en commandite Avions C Series. À la fin de 2017, le placement ne valait plus que 598 M$ US, soit 770 M$ CA. Et il ne vaudra plus que 307 M$ US (395 M$ CA) à la fin mai, lorsqu’Airbus aura officiellement monté à bord. En dollars canadiens, la perte sur papier se chiffre donc à plus de 900 M$.

Le président et chef de la direction de Bombardier Alain Bellemare a accueilli Thomas Enders, le PDG d’Airbus, et le premier ministre Philippe Couillard dans les installations de l’avionneur, à Mirabel, l’automne dernier.
Photo d’archives, Joël Lemay
Le président et chef de la direction de Bombardier Alain Bellemare a accueilli Thomas Enders, le PDG d’Airbus, et le premier ministre Philippe Couillard dans les installations de l’avionneur, à Mirabel, l’automne dernier.

Pour en arriver à ces chiffres, nous avons soustrait les passifs de la C Series de ses actifs, qui sont indiqués dans le rapport annuel 2017 de Bombardier. Nous obtenons un actif net de 1,62 G$ que nous répartissons ensuite en fonction des pourcentages de détention de Bombardier et du gouvernement.

Soulignons que si Québec avait investi 1 G$ US directement dans Bombardier plutôt que dans la C Series, comme le souhaitaient l’opposition, la valeur du placement du gouvernement aurait presque doublé pour atteindre 1,86 G$ US, soit 2,39 G$ CA. En dollars canadiens, le gain dépasserait 1 G$.

En 2016, Québec possédait une participation de 49,5 % dans la C Series, mais celle-ci a fondu à 37 % à la fin de 2017 en raison des 683 M$ US injectés par Bombardier dans le programme au cours des derniers mois. La participation de Québec sera réduite à 19 % lorsqu’Airbus prendra le contrôle de la C Series, le mois prochain.

Méthode reconnue

Rappelons qu’Airbus n’aura rien à débourser pour acquérir 50,01 % du programme. En revanche, le géant européen mettra à contribution ses équipes de vente, de gestion des achats et de service à la clientèle au profit de la C Series. Il devra aussi aider Bombardier à combler les futures pertes financières du programme, qui est toujours déficitaire.

Daphné Drouin, professeure de sciences comptables à l’Université du Québec à Trois-Rivières, confirme que la méthode de l’actif net est l’une de celles qui sont reconnues pour évaluer une entreprise.

« Actifs moins passifs, c’est une façon de voir les choses, mais il y a beaucoup plus que ce qui apparaît dans le bilan financier, tient-elle toutefois à préciser. Les investisseurs misent sur le potentiel d’amener l’entreprise ailleurs sur une certaine période. »

Mme Drouin note que le gouvernement avait des motifs autres que strictement financiers pour investir dans la C Series, qui joue un rôle structurant dans l’industrie aéronautique québécoise.

« Les montants que vous présentez ne prennent pas en considération les flux monétaires générés par les ventes d’appareils et ne constituent donc pas la valeur marchande de notre placement », a-t-on réagi au cabinet de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade.

Le gouvernement doit publier en juin une évaluation indépendante de son investissement dans la C Series en date du 31 mars.

« Nous sommes confiants quant à la valeur de notre placement qui devrait être maintenue à 1 G$ US », a dit le cabinet de la ministre.

 

Évolution de l’investissement de Québec dans la C Series

À la fin de 2016

  • Valeur de la C Series : 2,02 G$ US
  • Participation de Québec (49,5 %) : 1 G$ US

À la fin de 2017

  • Valeur de la C Series : 1,62 G$ US
  • Actifs : 4,15 G$ US
  • Passifs : 2,53 G$ US
  • Actif net : 1,62 G$ US
  • Participation de Québec (37 %) : 598 M$ US

À la fin mai 2018

À la clôture de la transaction avec Airbus.

  • Valeur de la C Series : 1,62 G$ US
  • Participation de Québec (19 %) : 307 M$ US

 

Et si on avait investi directement dans Bombardier ?

Au 1er septembre 2016

  • Cours de l’action de catégorie B de Bombardier : 2,15 $
  • Valeur de l’investissement de Québec : 1 G$ US

Au 27 avril 2018

  • Cours de l’action de catégorie B : 3,99 $
  • Valeur de l’investissement de Québec : 1,86 G$ US

 

Ils ont dit...

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Photo Pierre-Paul Poulin

« Bombardier est venu sur le bord de la faillite en 2015. »

– Alain Bellemare, PDG de Bombardier, 10 novembre 2016

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Photo Agence QMI, Simon Clark

« Il fallait absolument un troisième joueur pour nous permettre d’aller chercher de nouvelles commandes d’avions. C’est arrivé grâce à l’entente avec Airbus. »

– Dominique Anglade, ministre de l’Économie, 29 janvier 2018

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Photo Agence QMI, Simon Clark

« Quand on est rendu à donner la moitié de la valeur de l’entreprise pour un investissement nul, c’est parce qu’on est mal pris. »

– François Legault, chef de la CAQ, 17 octobre 2017

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Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

« Couillard a perdu le contrôle du plus beau produit du génie québécois. »

– Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, 17 octobre 2017

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Photo Pierre-Paul Poulin

« Grâce à nous, Bombardier existe toujours. »

– Philippe Couillard, 8 février 2017

Source : Radio-Canada

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