/opinion/blogs/columnists
Navigation

Parité hommes-femmes: la force du nombre

Bloc parité gender parity concept. close up young caucasian woman holding in hand paper with written text 50/50 with zeros as male and female gender symbols. Human rights day.
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Parlons parité hommes-femmes en politique. Eh oui, encore une fois.

Celles et ceux qui me lisent savent que je suis favorable à une approche concrète et proactive. Appelons cela des «quotas», si vous le voulez. Question d'atteindre la zone de parité, soit de s’assurer d’avoir au moins 40% de femmes candidates aux élections.

Or, pendant que les femmes forment la moitié de la population planétaire, au Québec, les élus à l’Assemblée nationale n’en comptent que moins de 30%. Plus les années passent, moins ça change pour le mieux. Au contraire, nous reculons sur ce front.

Permettez-moi donc de le redire : la parité hommes-femmes ne se matérialise tout simplement pas d’elle-même. De toutes les raisons qui militent en faveur de la parité, je vais vous confier la plus importante d’entre toutes. Sans une réelle parité, le niveau de représentation des femmes dans nos parlements et au sein du Conseil des ministres est nécessairement laissé au bon vouloir des chefs de partis et des premiers ministres, qu’ils soient hommes ou femmes. Et qui dit arbitraire, dit iniquité et inconstance.

Une autre raison, parmi plusieurs autres, est l’argument même de la force du nombre.

En d’autres termes, tant et aussi longtemps que les femmes seront aussi peu nombreuses dans les lieux de pouvoir politique, la même culture du «boys’club» ne peut que perdurer.

Et ce, avec tous ses travers lorsqu’elle domine autant, dont le réseautage entre hommes, une vision partielle des politiques publiques et aussi, dans certains cas dont certains sont connus, le fait de se sentir même habilité à harceler ou agresser sexuellement.

***

Temps et pression populaire, vous dites ?

Maintenant, ceux et celles qui, en toute bonne foi, s’opposent à toute forme de «quota» en espérant qu’un jour, la «pression populaire» finira bien par faire advenir la parité, proposent l’impossible dans les faits.

Primo, on ne peut pas s’attendre à ce que la même culture du «boys’ club» se désagrège d’elle-même sous «pression populaire» et sans la moindre intervention législative. La preuve en est d’ailleurs déjà amplement servie.

Seule la force du nombre, soit une présence paritaire des femmes dans nos parlements, peut affaiblir cette culture.

Secundo, quant à la «manière» même de faire de la politique comme s’il s’agissait d’un sport extrême, sans une présence accrue des femmes, elle ne changera pas, elle non plus.

Sur la nécessité de s’éloigner de cette «manière» de faire de la politique, le texte suivant, signé par la députée et vice-cheffe du Parti québécois, Véronique Hivon, est particulièrement éclairant.

***

Discrimination positive

Tertio, lorsqu’il y a une situation évidente de discrimination négative, comme en témoigne entre autres la représentation insuffisante des femmes en politique, il arrive qu’une intervention législative soit nécessaire pour y remédier.

Dans un tel cas - prenons l’exemple d’une zone paritaire obligatoire pour les partis politiques -, c’est ce qu’on appelle de la «discrimination positive».  Elle devient nécessaire lorsque le «temps» qui passe ou la simple «pression populaire» n’apportent pas à eux seuls de remède à une situation de discrimination négative.

Et l’on ne parle pas seulement en termes de population, mais de rapports de force à redresser, quel que soit leur nature. Point.

Prenons un autre exemple très concret pour l’illustrer : la loi 101 (Charte de la langue française), adoptée en 1977 par le gouvernement de René Lévesque.

Malgré qu’il soit la langue de la majorité de la population québécoise, le français souffrait d’un rapport de forces dangereusement défavorable face à la force d’attraction puissante de l’anglais.

Les raisons, politiques, historiques, linguistiques et économiques, en sont fort connues.

Dans la vaste région de Montréal et de l’Outaouais, l’anglais était non seulement la langue dominante de la mobilité sociale, du travail, de commerce, de l’affichage et des communications, mais aussi de l’éducation.

Avant la loi 101, plus de 85% des enfants des nouveaux arrivants choisissaient l’école anglaise. Je répète: plus de 85%.

***

Rapport de forces

Le «temps» et la «pression populaire» des manifestations pro-français n’y changeaient rien. Même pas la loi 22 du gouvernement Bourassa faisant du français la seule langue officielle du Québec.

Pour briser ce rapport de forces fortement défavorable au français, il fallait intervenir de manière plus coercitive en imposant, par loi, une culture de «discrimination positive» favorisant la langue française dans l’affichage, l’éducation primaire et secondaire, le travail, le commerce et même, l’administration publique.

Ce faisant, la loi 101, par nécessité, se faisait discriminatoire envers la langue anglaise - la seule manière de tenter tout au moins d'établir un rapport de forces plus équitable entre les deux langues.

Sans cette approche plus coercitive prise par la Loi 101, je vous laisse imaginer ce qu’il en serait devenu du français. Et ce, même en considérant les reculs des dernières années causés par ailleurs et justement par l’affaiblissement subséquent et répété de cette même loi 101...

Il en va ainsi de la représentation des femmes en politique.

De toute évidence, ni le «temps» ni la «pression populaire» ne réussit à nous assurer d’une véritable parité dans les lieux de pouvoir.