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Leçons de l’extrême

Chronique Oxygène - Hélène Dumais
Photo Ben Pelosse Hélène Dumais s’entraîne une dizaine d’heures par semaine pour être prête à tout affronter dans des épreuves d’endurance. Elle a généreusement partagé temps et conseils.

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Ultratrail, courses à obstacles, course de « survie »... Hélène Dumais enchaîne les événements d’endurance extrêmes. L’athlète peaufine sa préparation en vue de l’Infinitus 888. On se donne rendez-vous sur le parcours du Festival Platinum Rig, dans Lanaudière, où des athlètes enchaîneront les 35 obstacles d’un parcours de 200 mètres à une vitesse hallucinante, tout le week-end durant.

« Je suis un peu rouillée », raconte Hélène Dumais à mon arrivée. Le mécanisme apparemment au ralenti n’est pas dû à un surplus d’inertie, bien au contraire.

Depuis notre rencontre de l’année dernière, l’athlète de 37 ans s’est surtout concentrée sur des courses en sentier de type ultra et sur les « survival runs », ces courses extrêmes où les obstacles sont naturels et représentatifs d’épreuves de survie.

Or, devant nous, des structures d’acier de toute forme ayant comme seul objectif de tester nos limites. Hélène Dumais les traverse en ralentissant à peine. Une grande athlète de tout juste 5 pieds qui s’est toujours entraînée pour faire face à tout ce qui se mettait sur son chemin.

« J’aime tester mes limites, je me sens vivante », dit-elle.

Conseils de pro

« Time under tension », répète l’athlète maintenant établie aux États-Unis. En tension musculaire et contre le temps. Le but du jeu en courses à obstacles, c’est de traverser chacun des obstacles le plus économiquement possible. Pour que cela ait l’air facile, il faut que ce soit facile... ou au moins plus facile.

Cela implique un corps polyvalent, une forme complète, mais aussi une bonne connaissance technique de chacune des épreuves. Pourquoi se fatiguer à se hisser le corps à bout de bras en haut d’un mur de 6 pieds lorsqu’on peut sauter plus haut ?

« Garde ton corps le plus compact possible, le bassin proche des obstacles, et les charges, porte-les aussi près de ton corps », me répète Hélène alors qu’on traverse des filets suspendus, juste après avoir déplacé un gros billot de bois. La technique dépend des lois de la physique... et des contraintes de notre propre physique.

« En courses à obstacles, on a différents profils d’athlètes. Certains sont tout en force, d’autres tout en agilité, par exemple », explique l’adepte de longue distance. Cela vaudrait ainsi la peine, selon Hélène Dumais, d’analyser chaque obstacle afin de cerner le moyen le plus efficace de le traverser, en tirant parti de ses forces.

Avancer, persévérer

« Il faut toujours avancer, dit Hélène. Sans tomber “dans le rouge”, il faut toujours avancer, parce que le temps est un enjeu. »

Il n’est pas ici question de chasse à la seconde pour assurer une première position, mais de course contre le temps, celui-ci s’accompagnant d’une fatigue grandissante, accaparante, paralysante.

Hélène Dumais s’y connaît en gestion d’énergie. Entre autres exploits, première femme à franchir la ligne d’arrivée de la Spartan Race Ultra Beast en 2014, première femme à terminer la Survival Run en Australie et au Nicaragua en 2016, deuxième à une course de 430 km en Angleterre en 2017, et elle a franchi 738 km de l’Infinitus 888 au Vermont en 2017.

Dans moins d’un mois, elle retournera chez nos voisins pour la troisième fois, souhaitant compléter cette course infernale une fois pour toutes. Parce qu’il ne s’agit pas que d’avancer, il faut continuer, et quand ça ne fonctionne plus, recommencer... en se présentant encore plus en forme l’année suivante.

« Je me lance un défi gigantesque qui semble impossible, peut-être même qu’il l’est, mais l’impossible se réalise si on se commet. Tant qu’on avance, malgré les échecs, tant qu’on continue à avancer, on peut y arriver, même si c’est le travail d’une vie », dit Hélène Dumais.

Infinitus 888

3e tentative

Hélène Dumais affrontera pour la troisième fois l’Infinitus 888, dont l’objectif est de compléter l’épreuve maudite.
Photo Ben Pelosse
Hélène Dumais affrontera pour la troisième fois l’Infinitus 888, dont l’objectif est de compléter l’épreuve maudite.

 

En 2017, un seul participant a fini l’épreuve de 888 kilomètres (en 229 heures) dans les Montagnes vertes du Vermont. En 2016, même portrait (238 heures). L’Endurance Society émet un avertissement avant même que l’on clique vers l’inscription de cette course infernale : « vous allez le regretter ».

Hélène Dumais avait réussi à franchir 675 kilomètres à sa première tentative avant de déclarer forfait. L’année dernière, elle était à moins de 150 kilomètres du but, ayant parcouru 738 kilomètres lorsqu’elle a été contrainte d’abandonner. Cette année, elle espère compléter la distance infinie de 888 kilomètres, et être la première (ou seule) femme à y arriver.

Un mois avant le départ, elle est optimiste.

« Je suis toujours plus forte, parce que j’ai toujours plus d’expérience, ce qui implique moins d’erreurs et de meilleures décisions », explique Hélène Dumais.

Son expérience de 2017 ainsi que celle de neuf autres athlètes sont relatées dans le documentaire Facing Infinitus. Son dévoilement est prévu le 30 juin dans la région de Québec. Une façon de vivre de l’intérieur cet événement extrême des plus inaccessibles.

« Les gens vont pouvoir constater qu’on est des humains vulnérables, nous aussi. Qu’on a nos hauts, puis nos bas », dit Hélène.

Renseignement : www.facinginfinitus.com