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Déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme: jusqu’à 13 ans sur une liste d’attente

Marie-Josée, atteinte d’une déficience intellectuelle et d’un handicap physique, en compagnie de sa mère Danielle Gaudet, dans leur domicile d’Anjou.
Nadia Lemieux Marie-Josée, atteinte d’une déficience intellectuelle et d’un handicap physique, en compagnie de sa mère Danielle Gaudet, dans leur domicile d’Anjou.

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Une dame aînée de l’arrondissement d’Anjou, à Montréal, tente d’accélérer le processus pour trouver un hébergement à sa fille atteinte d’une déficience intellectuelle et d’un handicap physique alors que l’attente sur une liste peut aller jusqu’à 13 ans.

En 2016, Danielle Gaudet inscrivait sa fille Marie-Josée, âgée de près de 35 ans, sur la liste d’attente pour un hébergement. On lui avait alors dit que l’attente serait de 12 ans.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, les listes d’attente pour avoir accès à un hébergement intermédiaire pour une personne atteinte d’une déficience intellectuelle ou d’un trouble de spectre de l’autisme (DI-TSA) sont gérées en fonction du nombre de services que reçoit déjà cette personne.

Marie-Josée reçoit les services d’une éducatrice spécialisée toutes les deux semaines et participe à des activités de jour.

«On a deux services, donc pour eux, ce n’est pas pressant. Sauf que le temps passe et je commence à être bien fatiguée», mentionne Danielle Gaudet.

Priorisation

Quelque 266 personnes sont inscrites à la liste d’attente pour de l’hébergement comme deuxième service. «L’attente peut être de plusieurs années et peut aller jusqu’à six ans en priorité élevée et 13 ans en priorité modérée», précise le directeur général aux affaires publiques du CIUSSS, Justin Meloche.

Les ressources en hébergement sont une denrée rare sur le territoire du CIUSSS. «Il y a de plus en plus de gens qui ont besoin d’hébergement et de moins en moins de places disponibles», fait valoir le coordonnateur au Mouvement PHAS (personnes handicapées pour l’accès aux services), Mathieu Francoeur.

M. Meloche assure que des places en hébergement sont allouées en l’espace de 72 heures en cas d’urgence, c’est-à-dire lors du décès d’un parent. Les cas jugés prioritaires sont quant à eux réglés en 90 jours.

Sentant sa santé faiblir, Mme Gaudet tente de faire prioriser le dossier de sa fille. «Vu que je commence à être épuisée, ma crainte, c’est de me ramasser en urgence. Je ne voudrais pas ça», s’inquiète-t-elle.

Elle appréhende que sa fille soit placée à la hâte et que ses exigences en terme d’hébergement ne soient pas respectées. «Quand c’est en urgence, il y a une place de libre, là donc c’est là qu’ils t’envoient, c’est comme ça que ça fonctionne.»

Dommageable

Mère d’un enfant atteint d’une déficience intellectuelle, Isabelle Perrin déplore que l’accélération du processus en cas d’urgence soit dommageable pour les personnes DI-TSA.

La transition de la maison à un hébergement spécialisé devrait se faire «tranquillement et doucement» puisqu’il s’agit d’un processus émotionnellement éprouvant. «Ce sont souvent des adultes qui ont toujours vécu à la maison. Ce ne sont pas des sacs à poubelle que tu déplaces n’importe comment!»

M. Francoeur ajoute qu’un problème de mauvais pairage entre les personnes hébergées découle souvent de cette façon précipitée de gérer les listes d’attente.

«On mélange plein de monde parce qu’on met les gens là où il y a de la place. Des gens qui ont des problèmes de comportement se retrouvent un peu "garrochés" quelque part et les évaluations sont faites très vite.»

De l’attente pour des logements

L’offre d’un organisme qui aide les personnes ayant une déficience intellectuelle légère à se loger de manière autonome ne peut suivre la demande et la liste d’attente ne cesse de s’allonger.

Depuis septembre dernier, François Michaud, âgé de 49 ans et ayant une déficience intellectuelle légère, habite seul un logement dans une tour d’habitation à loyer modique d’Ahuntsic-Cartierville. C’est grâce à l’organisme Rêvanous qu’il peut profiter de l’autonomie de la vie en appartement.

«On m’a proposé ici. Je l’ai pris parce que je suis tombé en amour avec la vue de Montréal. Je suis bien content, je ne regrette pas», dit-il.

Il paie son logement 271 $, soit 25 % de son revenu total. Chaque semaine, son intervenante Pauline Desmars le visite pour l’aider, entre autres, à prévoir son budget de la semaine.

Forte demande

Présentement, 103 personnes sont sur la liste d’attente pour obtenir les services de Rêvanous. Les 39 logements disponibles pour les personnes avec une déficience intellectuelle légère sont comblés.

«Il n’y a pas vraiment un gros roulement, explique la directrice générale de l’organisme, Karine Boivin. Donc la liste ne fait qu’augmenter.»

Ceux qui intègrent un logement peuvent y demeurer toute leur vie. Il est donc rare que de nouvelles places se libèrent.

Rêvanous espère pouvoir obtenir le financement nécessaire et un terrain de la ville pour pouvoir construire une seconde tour d’habitation Rêvanous.

Mme Boivin précise que ces nouvelles habitations pourront difficilement voir le jour avant six ans. Les personnes inscrites sur la liste d’attente peuvent espérer bénéficier d’un logement dans ce même délai.