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Il faudra 21 ans pour fumer du cannabis à Kahnawake

Le conseil de bande mohawk veut faire adopter son propre projet de loi

Chef Gina Deer
Photo Pierre-Paul Poulin La chef du conseil de bande mohawk de Kahnawake, Gina Deer, a été photographiée jeudi dans ses bureaux en Montérégie.

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Les deux communautés autochtones à proximité de Montréal s’inquiètent de la légalisation du cannabis au point où l’une d’elles exigera que l’âge minimal de consommation soit fixé à 21 ans, plutôt que 18.

Le conseil mohawk de Kahnawake a décidé d’adopter une approche plus prudente que celle du gouvernement du Québec, tandis que le chef de la réserve de Kanesatake, Serge Simon, s’inquiète qu’on légalise le pot sans lui donner les moyens de lutter contre la contrebande, qui commence déjà dans sa communauté.

Ils ne sont pas les seuls à s’inquiéter.

« Certaines communautés se sont prononcées pour interdire le cannabis sur leur territoire », mentionne le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.

Toutes les communautés autochtones sont en réflexion quant aux différents modèles qu’elles adopteront. Avec son projet de loi sur le contrôle du cannabis, Kahnawake est l’une des plus avancées sur la question.

En plus de hausser à 21 ans l’âge minimal pour consommer, Kahnawake veut créer un deuxième système de licence pour la production du pot et mettre sur pied son propre réseau de vente.

« Nous voulons nos propres lois pour répondre aux besoins de notre population », explique Gina Deer, chef du conseil de bande. Un projet de loi a d’ailleurs été soumis à la communauté il y a deux semaines.

Points de vente

Les bénéfices socioéconomiques de l’industrie de la marijuana ont aussi été pris en compte, selon Mme Deer. Le projet prévoit son propre réseau de vente en dispensaires.

« Si nous décidons d’avoir des dispensaires, la population nous demande que ce soit très limité », précise-t-elle.

La communauté a 30 jours pour faire connaître son opinion sur cette loi. À la fin du mois, la communauté se réunira pour en débattre, et si un consensus est atteint, elle sera adoptée. D’ici là, un moratoire est en place sur tout le territoire.

Une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations du Québec est prévue à Québec le 15 mai pour faire le point sur les projets de loi fédéral et provincial sur le cannabis.

La vente de cannabis sur les réserves autochtones risque de raviver la délicate question des taxes en ces lieux.

Pot au rabais

« Le problème autour des taxes n’a jamais été réglé, souligne Mme Deer. On a essayé de régler ça avec le tabac et nous avons toujours dit que nous ne sommes pas des collecteurs de taxes d’un gouvernement externe. »

Sans les taxes, leur cannabis serait donc moins cher et pourrait attirer les consommateurs non autochtones.

« Si on décidait d’embarquer dans la business, je suis certaine qu’on se retrouverait à vendre à des gens de l’extérieur », a reconnu la chef.

Le projet de loi mohawk prévoit :

  • Une licence de production s’ajoutera au permis obligatoire de Santé Canada qui prévaut actuellement (rien de tel n’existe ailleurs au Québec)
  • Un bureau d’encadrement du cannabis et un comité de santé et de sécurité afin d’accorder ces licences
  • Interdiction de cultiver du cannabis à la maison (comme le projet de loi du Québec)
  • Consommation à partir de 21 ans (18 ans au Québec)

L’automne dernier, la ministre de la Santé publique, Lucie Charlebois, avait déclaré au Devoir que les Autochtones pourraient commercialiser le pot « comme ils veulent, où ils veulent, au prix qu’ils veulent ». Elle s’était ensuite ravisée en affirmant que le prix de vente pourrait faire l’objet d’entente, comme le prévoit le projet de loi provincial.