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Un débat en anglais ? Yes please!

Le sociologue et chroniqueur Mathieu Bock-Côté critique sévèrement la décision de Jean-François Lisée de prendre part à un débat des chefs en anglais.
Photo d’archives Le sociologue et chroniqueur Mathieu Bock-Côté critique sévèrement la décision de Jean-François Lisée de prendre part à un débat des chefs en anglais.

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Si tout se déroule comme prévu, le 14 septembre 2018 sera un jour historique. C’est à ce moment que devrait se tenir  le tout premier débat des chefs télévisé en anglais.
 
Une première à laquelle tous les partis ont accepté de participer et pour laquelle la seule inconnue pour le moment est l’identité du porte-parole que Québec solidaire va désigner.
 
Pour ou contre ?
 
Sans surprise, les médias anglophones  GlobalCBC, CTV, The Gazette et CJAD ont accueilli favorablement la nouvelle. Ils en sont, après tout, les instigateurs. 
 
Chez les francophones, la réception est plus nuancée. Chacun y va de son opinion et les discussions se font surtout sur deux points : l’intérêt de tenir un tel débat et l’aptitude des différents chefs à y briller.
 
Parmi les analyses des derniers jours, celle de Mathieu Bock-Côté ressort du lot. Pourtant brillant à ses heures, le sociologue et chroniqueur y va d’une charge sans modération envers Lisée. Tant et tellement, qu’on se demande s’il fait tout simplement preuve de mauvaise foi. 
 
« Mais on croyait que les souverainistes voulaient faire du Québec un pays français. Apparemment non. » (...) « J’entends certains militants zélés, occupés à défendre leur chef, dire qu’un tel débat n’enlève rien au français. Bien sûr que si : cela lui retire son privilège symbolique et crée un précédent sur lequel il sera difficile de revenir, même s’il le faudra. » 
 
Ainsi, selon lui, accepter la tenue d’un débat des chefs en anglais équivaut à renier l’essence même du mouvement souverainiste et du français comme seule langue officielle au Québec.
 
Il poursuit comme ceci :
 
« Le chef du PQ vient de faire céder une digue symbolique essentielle. Comment ne pas être déçu qu’un homme aussi intelligent, qui ne peut pas ne pas comprendre la signification de son geste, se rallie à cette proposition qui engage la conversion du Québec à un bilinguisme de plus en plus officiel ? » 
 
Hein ? La conversion du Québec à un bilinguisme de plus en plus officiel ? Juste ça ? Ben voyons donc.
 
Dans son analyse, monsieur Bock-Côté semble oublier que les nouveaux Québécois, comme les allophones et les anglophones qui sont ici depuis plusieurs générations, sont eux aussi des Québécois. Comme tous les citoyens, ils seront représentés par le prochain gouvernement qui, une fois au pouvoir, sera le gouvernement de TOUS les Québécois.
 
Un débat des chefs, c’est souvent l’un des rares moments pendant lesquels la population va porter une oreille plus attentive aux programmes électoraux des différents partis. Si tous les chefs de partis sont capables de s’adresser aux citoyens dans une seconde langue, ne devrait-on pas faire tous les efforts nécessaires pour que les électeurs puissent faire un choix éclairé le 1er octobre ?
 
Mais à qui parle-t-on vraiment ?
 
Pour un communicateur, l’une des questions fondamentales doit toujours être : « À qui est-ce que je veux m’adresser ? Qui est mon public cible ? » 
 
En politique, la réponse peut varier. On peut vouloir s’adresser à notre base fidèle, à nos militants, à un groupe sociodémographique particulier ou encore à nos détracteurs. 
 
Mais dans un débat des chefs, on doit aller au-delà de cette stratégie et s’adresser à tous les électeurs. Un débat, c’est 2 heures de temps d’antenne. Ce n’est pas rien ! 
 
Et on aurait tort de penser que le vote des non-francophones est monolithique et figé à tout jamais. Il suffit parfois d’un seul argument pour faire changer quelqu’un d’avis. 
 
En acceptant de participer à ce débat, les quatre principaux partis ont choisi de s’élever au-dessus des considérations purement idéologiques pour permettre à un plus grand nombre de Québécois de les entendre et de les comprendre comme jamais auparavant.