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Les Québécois craignent-ils l’éducation ?

Les Québécois craignent-ils l’éducation ?
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L’Institut du Québec a rendu publics des résultats encore une fois catas­trophiques du taux de diplomation des étudiants québécois en comparaison des autres étudiants canadiens. À la fin du secondaire, 85 % des jeunes en Ontario sont diplômés. Au Québec ? 64 % ! Et chez les garçons, le taux est de 51 % ! Voilà pour les faits.

Blâmer le gouvernement, les fonctionnaires, les enseignants est trop facile. Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx estime que les parents décro­chent de leur responsabilité. Ma consœur Josée Legault a écrit hier : « Blâmer les parents francophones est une idiotie sans nom ». Je suis en désaccord avec elle. Les parents québécois reflètent un mal qui nous caractérise en tant que peuple. Nous n’accordons pas une importance suffisante à l’éducation comme moteur de notre progrès social et culturel. Nous ne reconnaissons pas les valeurs de l’éducation, clé de notre émancipation collective.

Le poids de notre histoire pèse sur nous. Nombre de Québécois seraient d’accord avec Maurice Duplessis, qui aimait répéter que « l’instruction, c’est comme la boisson. Y en a qui portent pas ça ». C’était il y a 70 ans. Depuis, la démocratisation a fait son œuvre puisque tous les enfants du Québec sont scolarisés. Au moins jusqu’à la fin du secondaire et du collégial.

Méfiance

Malgré tout, nous nous classons au Canada parmi les moins diplômés. Trop de parents ne considèrent pas l’éducation comme une richesse personnelle ou collective. De plus, nous sommes une société qui se méfie des gens instruits qui « se prennent pour d’autres », et l’on dit des gens qui s’expriment avec correction, voire avec une élégance langagière, qu’ils sont « snobs » ou qu’ils « parlent comme des Français ». D’ailleurs, il y a un relâchement général du langage depuis plusieurs années, en particulier dans le monde du showbiz et chez les artistes et les gens des médias qui se font un devoir de parler « peuple ».

Tous les signes sont révélateurs d’une espèce de peur de paraître trop instruit, donc loin des gens. Un « vrai » Québécois doit donc malmener sa langue, ne pas s’exprimer avec des références intellectuelles et ne pas user de « grands mots ».

Exemple parental

C’est oublier et faire fi du désir de nos parents et grands-parents ignorants et qui en ont souffert, qui se sont serré la ceinture pour instruire leur progéniture. De nos jours, plusieurs parents ne s’intéressent guère aux études de leurs enfants. Ceux qui n’ont pas de diplôme, mais qui ont réussi matériellement par eux-mêmes sont souvent tentés de croire que leurs enfants doivent suivre leurs traces.

Et combien de Québécois sont portés à croire que les enfants ne doivent pas s’embarrasser de connaissances inutiles ? Cette injonction sociale pèse sur les jeunes qui ont soif d’apprendre, mais qui sont étiquetés dans leur entourage comme des « originaux » un peu étranges, qui risquent de devenir des « intellectuels », un des mots les plus péjoratifs et rébarbatifs dont on peut affubler un Québécois.

Le Québec serait-il une société engluée dans son passé de pauvres et d’ignorants et qui craint l’éducation, ce péché mortel pour l’esprit ?