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Tableau de Chagall: plusieurs questions demeurent sans réponse

Peintre Marc Chagall
Photo courtoisie, Musée des beaux-arts du Canada

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MONTRÉAL | Plus d’une semaine après l’annonce du Musée des beaux-arts du Canada concernant le retrait de son tableau de Chagall «La tour Eiffel» de la vente du 15 mai de la maison Christie’s, à New York, plusieurs questions sont encore sans réponse.

Comment le tableau a-t-il pu sortir du Canada?

Depuis le début de la controverse entourant la décision du musée d’Ottawa d’aliéner ce tableau de sa collection afin d’obtenir des fonds pour acquérir l’œuvre «Saint Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier», propriété de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Québec, malgré maintes tentatives, l’Agence QMI a été incapable de connaître les motifs invoqués par l’expert vérificateur retenu pour examiner la demande d’exportation définitive du tableau.

Peintre Marc Chagall
Photo MCQ

L’Agence QMI s’est en outre adressée au Musée des beaux-arts de l’Ontario (Art Gallery of Ontario, en anglais), à Toronto, dont un des experts a été mandaté pour évaluer la demande du Musée des beaux-arts du Canada pour exporter «La tour Eiffel» de Chagall.

Nous avons demandé au MBAO quels critères son expert vérificateur avait invoqués pour en venir à la conclusion que le tableau n’était pas d’intérêt exceptionnel et/ou n’était pas d’importance nationale. Ces deux critères doivent être remplis pour que l’expert vérificateur refuse une demande d’exportation. Si le bien culturel ne remplit pas l’un ou l’autre des deux critères, la demande de licence est approuvée.

À notre question, le service de presse du musée torontois a simplement répondu: «Je crains que nous ne commentions pas ce dossier. Merci de votre compréhension».

Cette réponse s’applique également à d’autres questions posées par l’Agence QMI, soit, notamment:

  • «Quelles sont les qualifications spécifiques de votre représentant choisi comme expert vérificateur par rapport à l’objet, au corpus de l’œuvre de Chagall et à l’aspect canadien de l’historique du tableau?»
  • «Pourquoi l’expert vérificateur n’a pas informé la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels, dont le secrétariat nous a dit qu’ils avaient appris que le tableau avait quitté le pays par le biais du site web Art Market Monitor, alors que la Loi est très claire à l’effet que la Commission doit être informée sans délai de la recommandation de l’expert vérificateur d’autoriser l’exportation?»
  • «Pouvez-vous nous dire si l’expert vérificateur a eu accès au tableau, ou si son travail n’a été fait qu’à partir d’une photo du tableau?»

Au ministère du Patrimoine canadien, le secret a aussi été le mot d’ordre durant toute cette affaire. À notre question concernant les raisons mises de l’avant par l’expert vérificateur pour déterminer que «La tour Eiffel» ne répondait pas aux critères d’intérêt exceptionnel et/ou d’importance nationale, on nous a référé à la Loi sur l’exportation et l’importation de biens culturels, en mentionnant que «l’expert n’est pas tenu de fournir les raisons pour lesquelles il recommande à l’Agence des services frontaliers d’émettre la licence. Des motifs sont requis seulement lorsque la recommandation est à l’effet que la licence soit refusée».

Il est à noter que si le tableau avait été jugé par l’expert vérificateur à la fois d’intérêt exceptionnel et d’importance nationale, la demande de permis d’exportation aurait été refusée, et le musée d’Ottawa aurait eu le choix d’interjeter appel auprès de la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels. La Commission, qui est composée de 10 experts provenant des quatre coins du pays, est l’instance fédérale qui, dans un tel cas, détermine «si les biens culturels sont d'un intérêt exceptionnel et d'une importance nationale en vue de protéger et de préserver le patrimoine artistique, historique et scientifique du Canada et de le rendre accessible au public».

Mais, comme la demande de licence a été recommandée – par une seule personne –, les 10 experts de la Commission n’ont pas été appelés à se pencher sur la question. Et, comme on l’a vu par la suite, la délivrance de la licence d’exportation pour ce Chagall a soulevé un tollé dans la communauté des arts visuels et dans la population, jusqu’à ce le musée d’Ottawa retire son tableau de la vente.