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Les experts

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Photo Agence QMI, Simon Clark

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Le « buzz » de la semaine a été sans contredit l’étude rendue publique par l’Institut du Québec (IdQ) sur les taux de diplomation québécois par rapport aux autres provinces canadiennes. Il est toujours surprenant de voir comment le sujet de l’éducation, qui constitue la première priorité pour moins de 10% de la population, peut, lors d’une tourmente, faire jaser et faire émerger une panoplie d’experts comme si soudain tout le monde savait de quoi il en retourne.

Ma collègue, Martine Desjardins, a raison d’écrire que la fréquentation scolaire ne transforme pas en pédagogue tous les individus comme le fait d’être en thérapie ne transforme pas le patient en psychologue. L’exemple des grutiers qui manifestaient dans le centre-ville de Montréal tombe à pic avec le propos de ma collègue, ceux-ci s’opposent à une décision de la Commission de la construction qui veut leur confier la formation en affirmant haut et fort qu’ils ne sont pas des enseignants et que cela accroitrait les risques d’accident mortel.

Pour revenir à l’étude de l’IdQ, il faut prendre soin de la relativiser pour éviter de commettre les erreurs habituelles qui vont du déni le plus complet à l’élaboration d’actions tous azimuts, en passant par la culpabilisation extrême qui mène à une chasse aux coupables. Certains commentateurs l’ont déjà rapporté, il n’y pas grand chose dans cette étude que nous ne savions pas déjà. Le retard des garçons par rapport aux filles, l'écart entre le Québec et l’Ontario et la plus grande réussite des anglophones québécois sont documentés depuis plusieurs années en donnant des explications nuancées et en précisant l’énumération des actions qui ont été mises de l’avant. La dramatisation excessive de cette étude faite par les animateurs et les chroniqueurs de certains médias résulte d’interprétation et de la quête du spectaculaire. Il faut toutefois savoir qu’une étude est très éloignée d’une méta-analyse aux données probantes et se révèle plus souvent de l’ordre de l’opinion du chercheur qui vaut plus que celle du néophyte, mais qui demeure tout de même une opinion et non une donnée probante.

Évidemment, la publication d’une telle étude constitue une occasion en or pour certains universitaires de réaffirmer leur revendication pour la création d’un Institut national d’excellence en éducation. Il fallait entendre la doyenne de la faculté des sciences de l’éducation à l’UQAM, Monique Brodeur, à l’émission Médium large qui ne pouvait s’empêcher de finir chacune de ses phrases par la nécessité d’un tel institut, au point où Catherine Périn paraissait exaspérée. Égide Royer en faisait tout autant de son côté partout où on lui donnait l’occasion d’exposer son opinion comme s’il était expert en tout. C’est Michel Lacombe, dans son émission Faut pas croire tout ce qu’on dit, qui a mis en lumière les divergences d’opinions entre les universitaires. Nous pouvons comprendre l’hésitation du ministre à créer un institut qui n’est pas vraiment souhaité par les praticiens et qui ne semble satisfaire qu’une partie des théoriciens.

Le décrochage scolaire, la réussite éducative et les taux de diplomation sont des thèmes qui chavirent le Québec depuis la création du ministère de l’Éducation et encore plus particulièrement depuis le début des années 90, après que la note de passage soit passée de 50 à 60%. Malgré des États généraux et une réforme en profondeur, la situation ne s’est guère améliorée au cours des deux dernières décennies. Ce n’est pas faute de plans d’action et d’engagement citoyen, mais à cause de l’entêtement ministériel à ne pas s’attaquer aux véritables sources de ce retard et à laisser croire que la situation s’améliorait en embellissant les statistiques. L’éducation est une responsabilité d’État, et à ce titre, le ministre est le premier responsable du bon fonctionnement du système d’éducation. Nous devrions cesser de perdre du temps à inventorier une liste de coupables.

L’égalité des chances est au cœur de la réussite ontarienne comme elle l’était dans le modèle finlandais. J’ai souvenir de ce sous-ministre de l’éducation finlandais qui se faisait demander comment son pays a fait pour être le meilleur et qui répondait que cela n’a jamais été l’objectif, car son pays voulait avant tout un système d’éduction égalitaire. L’Ontario a quatre objectifs en éducation dont celui d’assurer l’équité en comblant les écarts de rendement entre les élèves. Ce qui caractérise ces deux contrées, c’est qu’elles ne financent pas les écoles privées et qu’elles ont un fort engagement pour l’instruction publique. Au Québec, le Conseil supérieur de l’éducation avait convié à cette quête d’équité dans son rapport 2016 sur les Besoins de l’éducation.

Je l’ai souvent dit et écrit, notre système d’éducation est excellent pour deux élèves sur trois. Les études Pisa reflètent d’ailleurs cet état de fait. Cependant, au fil du temps, notre système est devenu de plus en plus inégalitaire en laissant pour compte le tiers des élèves qui décrochent, échouent ou récoltent un diplôme de moindre valeur. Les statistiques mises en évidence par l’IdQ n’ont donc rien de surprenant, car le Québec n’a pas retenu le chantier d’égalité des chances qui émergeait des États généraux et a préféré maintenir un financement qui favorise l’expansion des écoles privées et les projets sélectifs dans les écoles publiques.

Toutes les mesures que pourraient déployer le ministre sans se soucier d’assurer l’équité sont vouées à l’échec et nous condamnent aux mêmes émois à la parution de la prochaine étude de l’IdQ ou d’un organisme comparable.