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«Gib Fest»?!

«Gib Fest»?!
Photo Facebook, Festival de la gibelotte de Sorel-Tracy

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Les organisateurs du Festival de la gibelotte à Sorel-Tracy ont décidé de renommer leur festival, un incontournable dans la ville de Sorel-Tracy depuis 40 ans.

C'est une publication de mon collègue Mathieu Bock-Côté sur les réseaux sociaux qui m'a informé de la chose. «Colonisés» disait-il. Bof. Tout le monde sait que MBC c'est l'atithèse du «cool» n'est-ce pas!? Y connait quoi lui!

Exit la «Gibelotte»! Ça fait ringard. Place à la nouvelle tendance, la langue normalisée, asceptisée, tronquée.

Ça fait plus «cool» Gib Fest que Festival de la gibelotte voyons! Comme l’expliquaient récemment les organisateurs, «On voulait arriver avec un nouveau brand pour que les jeunes y adhèrent. Avec le Gib Fest, on garde l’aspect traditionnel de la gibelotte, on garde le festival, mais on abrège le tout et on a un logo plus moderne».

Votre nouveau brand y’é pas mal cool.

Car tout le monde sait ça que « les jeunes » ne carburent pas au patrimoine, à l’histoire, à la nécessaire étymologie des mots qui connecte le présent à l’évolution de notre vocabulaire dans le temps...

Gibelotte? C’koi ça yo?

De toute façon, comme l’expliquent les organisateurs, avant longtemps, la référence à la gibelotte aura disparue.

«On ne veut pas faire peur à personne avec des changements majeurs la première année», explique le président du conseil d’administration. Dans une perspective à plus long terme, il espère miser sur les premières lettres de «Fest» pour l’appellation «Festival d’été de Sorel-Tracy».

Un festival «d’été». Où l’on ne marque plus rien. L’été, le fun, des pubs de bière, la fête pour la fête, un gros party. Moderne.

D’ailleurs, le mot «festival» (pour autant qu’on ne le tronque pas), ne tire-t-il pas ses origines du latin «festivus» dont le sens référait à «divertissant, là où il y a fête»?

Ah oui! C’était le but au départ... Célébrer un trait distinctif de la région de Sorel-Tracy, célébrer la «gibelotte».

D’ailleurs, l’étymologie du mot «gibelotte» intéressera les ringards. Selon le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales), dès 1617 apparaît l’usage de l’expression à la gibelote, dans le sens de «manière de préparer le poisson».

Quant à gibelotte, on y réfère dès 1708 dans le sens de «fricassée de gibelet», ou de plats préparés avec de petits oiseaux. Sur l’ancien site Web du Festival de la gibelotte, on explique l’origine de la «gibelotte» de la façon suivante :

«Initialement, la recette de base de la gibelotte se composait de lard salé, de pommes de terre, de sel, de poivre, et non pas de poisson mais de sauvagine (une espèce de canard). Mais les choses devaient changer près de dix ans plus tard. En effet, une nouvelle loi interdisant la consommation de la sauvagine allait apporter des transformations à la préparation de la gibelotte. Celle-ci est donc devenue une sorte de soupe aux légumes: un mélange de pommes de terre, de maïs, de tomates, de carottes, d'oignons, etc.

Puis, selon la tradition des Beauchemin, après avoir fait bouillir la barbotte dans l'eau salée, on verse la gibelotte dessus, le tout dans une grande assiette creuse. Pour agrémenter le mets, on peut servir des filets de perchaude rôtis, à part, dans une assiette. Il existe, dit-on, des nuances dans la préparation de la gibelotte selon que l'on soit du nord ou du sud de la région. Par exemple, le poisson peut être cuit au-dessus de la soupe aux légumes, ce qui lui donne une meilleure consistance. Mais, malgré ces subtiles nuances, ce plat continue de faire le délice des connaisseurs et de susciter la curiosité des étrangers

Espérons que cette description sommaire, un peu imprécise aussi, mais somme toute intéressante et instructive, trouvera son chemin jusqu’au nouveau site Web du Gib Fest.

Petit guide transformation du nom de votre festival en Fest cool!

En terminant, ceci d’un contact sur les réseaux sociaux pour rire un peu de cette tendance à vouloir tout gommer quand il est question de nommer les événements «festifs» au Québec... Imaginez la grande évolution que serait la conception d'un convertisseur de nom de festival ringard en «Fest» plus cool, plus moderne. Tsé.

Exit «Festival du cochon de Ste-Perpétue»! Bienvenue au «Pert Pig Fest»!

Hilarant. Et un peu déprimant aussi. Pour les ringards.