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Le gâchis numérique de La Presse

Guy Crevier
Photo Pierre-Paul Poulin Guy Crevier

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C’était écrit dans le ciel.

Chaque fois que je parlais de La Presse + à des gens d’affaires ou à des développeurs médias, je recevais la même réponse.

« Mais comment vont-ils arriver à rentrer dans leurs frais et à faire de l’argent en donnant ainsi leur produit jour après jour ? Je ne comprends pas leur modèle d’affaires, ça ne tient pas debout...»

LE TOUT POUR LE TOUT

Hier, les directeurs de La Presse ont tenté de faire passer l’annonce que leur quotidien deviendra un organisme sans but lucratif comme une bonne nouvelle.

Mais personne n’est dupe : c’est une catastrophe.

Causée en grande partie par la témérité de l’éditeur Guy Crevier qui, au lieu de diversifier son produit, a mis tous ses œufs dans le même panier numérique.

Résultat : quand la vente des tablettes a piqué du nez et quand la publicité numérique a quitté La Presse + pour aller prier à l’autel de Google et de Facebook, beaucoup plus efficaces pour rejoindre des clientèles hyper ciblées, le quotidien a frappé un iceberg de plein fouet.

C’est comme un gars qui va au casino et qui mise toutes ses économies sur le même numéro.

Il est mieux d’avoir visé juste sinon il va se retrouver Gros-Jean comme devant.

Au lieu d’avancer dans l’océan numérique prudemment, à petits pas, les directeurs de La Presse, aveuglés par la sirène informatique, ont plongé tête première sans prendre le temps de vérifier la profondeur de l’eau.

Allez, des studios multimédias ! Et hop, une salle de rédaction hyper high-tech !

Au diable la dépense, l’avenir est à la tablette, bientôt, plus personne ne lira de journaux papier !

Venez avec nous, nous séparerons la mer Rouge en deux et irons planter notre tente dans les verts pâturages du numérique !

LA SOLUTION À LA CRISE ?

Pendant des mois et des mois, les directeurs de La Presse + n’ont cessé de claironner à qui voulait l’entendre qu’ils avaient trouvé la solution miracle à la crise qui, aux quatre coins du monde, afflige les médias traditionnels.

Et maintenant que la maison mère (Power Corporation), lasse d’engloutir des millions dans l’aventure, a décidé de retirer ses billes, ils voudraient nous faire croire qu’ils ont fait tout ça... pour que leur bébé devienne un organisme de bienfaisance ? Qui devra téter toute sa vie des subventions et des dons pour garder la tête hors de l’eau ?

Voyons...

Si La Presse + était la solution à la crise, ça se serait su. Le modèle aurait été imité partout.

Au contraire, seul le Toronto Star a adopté la technologie de La Presse + en 2015... pour la jeter aux poubelles deux ans (et 36 millions de dollars) plus tard, parce que les résultats promis ne se sont jamais concrétisés.

Disons que si j’étais un employé de feu La Presse, je serais furieux que mon éditeur ait ainsi joué l’avenir de mon journal.

MAUVAISE NOUVELLE

Il reste à souhaiter bonne chance aux employés de La Presse, qui ne profiteront plus de la générosité de la famille Desmarais.

On a beau être des compétiteurs, un journal qui se plante de la sorte, ce n’est jamais une bonne nouvelle...