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Alexandre Taillefer joue aux échecs

Alexandre Taillefer
Photo Jean-François Desgagnés

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L’annonce du passage d’Alexandre Taillefer au Parti libéral du Québec n’est pas si étonnante que ça. Pourquoi un homme ambitieux s’embarquerait-il dans un bateau qui coule? Pourquoi se diriger tout droit vers l’échec? Il doit bien avoir un plan derrière la tête.

Quand on joue aux échecs, on a avantage à prévoir quelques coups à l’avance. Les commentateurs ont soulevé plusieurs problèmes avec la décision de M. Taillefer. Pourquoi le PLQ? Pourquoi joindre un parti en détresse? Pourquoi ne pas se porter candidat? Si le personnage est aussi ambitieux que plusieurs semblent le croire, sa décision de se joindre à un Parti libéral en perdition sans se commettre outre mesure est en fait un investissement tout à fait sensé.

Alexandre Taillefer dit avoir des idées progressistes, mais il est en fait un homme d’affaires et un investisseur assez conventionnel. La devise Buy low, sell high lui convient assez bien. C’est ce qu’il a fait avec L’Actualité et sa compagnie de taxis. C’est probablement aussi ce qu’il pourrait vouloir faire avec le PLQ. En se positionnant à la tête de la campagne, il achète ses parts au plus bas prix possible.

Vous me voyez venir. Il semble assez facile de supposer que monsieur Taillefer cherche à se positionner pour briguer la direction du Parti libéral dans l’anticipation d’une défaite en octobre prochain qui précipiterait à brève échéance une course à la succession de Philippe Couillard. L’homme d’affaires pourrait alors se présenter comme le champion du renouveau qui permettrait au parti de gouverne naturel du Québec de conserver sa place dans le vaste champ qui existe au centre de l’échiquier politique. Il le fait en articulant des positions vaguement progressistes tout en se situant fermement dans le camp des affairistes.

Monsieur Taillefer n’aura pas besoin de prendre le risque d’encaisser une humiliante défaite électorale. Il n’aura pas besoin non plus de se taper quatre ans sur les banquettes de l’opposition. En même temps, la direction d’une campagne est un poste d’où il aura l’occasion de côtoyer intensément tous les organisateurs de comté et de distribuer des faveurs à une foule de partisans à qui il pourrait bien un jour demander un retour d’ascenseur.

Le prix à payer pour une chance de devenir premier ministre dans un horizon pas trop lointain serait donc relativement minime. Quant aux problèmes potentiels soulevés par le fait qu’il est propriétaire d’une entreprise médiatique, le précédent de l’association de Pierre Karl Péladeau avec le Parti québécois lui servira de rempart contre la critique. De toute façon, s’il devient chef de parti et qu’il juge souhaitable de couper les ponts avec les médias, il lui serait vraisemblablement plus facile de se départir de L’Actualité que pour M. Péladeau de laisser filer l’héritage de son père.

Tant mieux, donc, si une personne dont on dit beaucoup de bien décide de se jeter dans l’arène publique, même si ce n’est que dans un rôle de soutien. Contrairement à plusieurs qui critiquent la dissonance entre son adhésion à ce parti et le progressisme qu’il prétend incarner, je n’y vois aucune contradiction. Monsieur Taillefer est un homme ambitieux et un investisseur prudent. Il fait ici un investissement minimal qui lui donne le maximum de chances d’atteindre le seul poste politique qui semble être à la mesure de ses ambitions.

Bref, monsieur Taillefer s’apprête à jouer une grosse partie d’échecs. S’il parvient à redresser la barque libérale et à l’emmener vers la victoire contre toute attente, il sera longtemps perçu comme un héros dans le parti et ça ne peut pas nuire. Mais cela me paraît peu probable. S’il joue bien aux échecs, il gagnerait plus à permettre au PLQ d’encaisser une défaite «moins pire que prévu», qui lui permettrait ensuite de déplacer sa pièce maîtresse pour le prochain coup, qu’il anticipe probablement en secret depuis un bout de temps. Je mettrais moi-même un petit deux sur les chances qu’il se présente à la direction du PLQ. Ce ne serait pas un mauvais placement.

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