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Aleksandra Wozniak lance un SOS pour relancer sa carrière

L’ancienne joueuse de tennis no 1 au Canada sollicite des dons sur la plateforme GoFundMe pour l’aider à relancer sa carrière

Aleksandra Wozniak
Photo d'archives, Agence QMI Aleksandra Wozniak

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En juillet dernier, Denis Shapovalov et Aleksandra Wozniak étaient sacrés champions en simples au tournoi de tennis Challenger Banque Nationale à Gatineau.

Si Shapovalov, 19 ans, est aujourd’hui l’une des nouvelles vedettes sur le circuit mondial de l’ATP et que les commanditaires se l’arrachent, Wozniak vit un tout autre genre de situation.

La Québécoise âgée de 30 ans, qui a été éprouvée par des blessures et qui est présentement classée au 336e rang mondial, n’a plus le budget nécessaire pour participer à des tournois de l’ITF dans l’espoir de remonter dans le top 100.

Wozniak, qui a déjà occupé le 21e rang sur le circuit mondial en 2009, a donc choisi de lancer sa propre campagne de collecte de fonds sur la plateforme GoFundMe en utilisant sa page Facebook (www.gofundme.com/aleksandra039s-tennis) dans le but de recueillir suffisamment d’argent pour participer à des tournois ailleurs qu’au Québec ou au Canada.

Le coup de pouce

Le Journal de Montréal a pu s’entretenir vendredi matin avec l’athlète blainvilloise, qui parle à cœur ouvert de la situation difficile dans laquelle elle se retrouve. Le mot persévérance décrirait bien Aleksandra Wozniak.

« Je ne bénéficie d’aucun soutien financier de la part de commanditaires cette année, l’entente avec le groupe visuel IRIS n’ayant pas été renouvelée, et je ne fais plus partie des athlètes que soutient Tennis Canada. C’est pourtant rendu à cette étape de ma carrière où j’ai le plus besoin qu’on me soutienne. »

« J’ai 30 ans et j’estime que j’ai encore de bonnes années devant moi, explique Wozniak. J’ai dû surmonter diverses blessures, qui ont nécessité une délicate opération à l’épaule droite en septembre 2014. Je suis maintenant en forme et je refuse d’abandonner, même s’il a fallu tout recommencer à zéro à cause de la convalescence qui a suivi l’opération. »

« Je me crois encore capable de faire partie des 100 meilleures joueuses au monde, affirme-t-elle. J’ai juste besoin d’un coup de pouce et j’espère que les amateurs de tennis m’appuieront dans ma démarche. Ça fait un mois et demi que je n’ai pas participé à des tournois parce que le budget est insuffisant, moi qui dois tout payer. »

« Vous savez, jouer au tennis coûte cher. On parle de dépenses frôlant les 100 000 $ par année. Des gens m’ont parlé de cette plateforme gratuite, GoFundMe, pour obtenir un soutien financier et j’ai décidé que ça valait la peine d’explorer cette avenue pour solliciter des dons », poursuit Wozniak, qui souhaite amasser 50 000 $, dont une partie lui permettrait de compter sur les services d’un entraîneur.

Les premiers dons ont commencé à s’enregistrer sur le site dans les heures qui ont suivi son inscription, et le montant s’élevait à plus de 1500 $ vendredi en début d’après-midi.

Wozniak n’a pris part qu’à trois tournois ITF depuis le début de l’année, soit deux aux États-Unis et un au Mexique, y remportant deux victoires et subissant trois revers. Ses gains en bourses ont été de... 688 dollars !

Ne pas se refermer sur soi-même

Interrogée à savoir si elle a dû mettre son orgueil de côté en quémandant ainsi de l’aide financière par l’intermédiaire d’un site web, fait rarement vu au Québec de la part d’une athlète d’élite qui fut quart de finaliste au tournoi de la coupe Rogers en 2012 et membre de l’équipe canadienne en simple aux Jeux olympiques de Londres, Wozniak répond avec franchise.

« Ce n’est pas difficile parce que j’ai appris qu’il est important de demander de l’aide lorsque les choses vont mal, confie-t-elle. Il ne faut surtout pas s’isoler. Il ne faut pas se refermer sur soi-même. C’est la première fois que je demande de l’aide. J’ai connu de bons moments dans ma carrière et j’en suis fière. »

« Je ne veux cependant pas que ma carrière s’arrête à l’âge de 30 ans alors qu’il y a encore des joueuses sur le circuit de la WTA qui sont dans la trentaine avancée et qui ont du succès. Le sport a beaucoup changé. Les carrières sont plus longues qu’auparavant. »

Jouer sans vider son compte en banque

Aleksandra Wozniak
Photo AFP

 

Aleksandra Wozniak est consciente que les gens peuvent savoir, en consultant le site de la WTA, que son total de gains en bourses en carrière s’élève à deux millions de dollars (2 028 797 $, pour être exact, dont 688 $ cette année).

« C’est vrai que j’ai touché de belles bourses, mais ce que les gens ne doivent pas oublier, c’est que la moitié de cette somme a été retournée en impôts et qu’il faut débourser toutes sortes de frais afin de pouvoir rester sur le circuit professionnel. J’ai défrayé tous mes déplacements depuis mon retour au jeu, voyageant seule, sans entraîneur, ce qui n’est pas évident pour l’échauffement avant les matchs », explique Wozniak.

« De telles dépenses grugent un compte en banque, surtout que les bourses sont peu élevées lors des tournois de l’ITF. Heureusement que je suis du genre économe. Je n’ai même pas de voiture. Grâce aux bons conseils de mes parents, j’ai pris soin de mettre de l’argent de côté lorsque je vivais mes meilleurs moments sur le circuit de la WTA », ajoute celle qui n’a pas oublié la première collecte de fonds mise sur pied par Yvon Gilbert au début de sa carrière.

« Je ne veux pas me ruiner pour jouer au tennis. C’est pourquoi j’aimerais obtenir l’aide de gens qui souhaitent s’associer à moi. Un jour, ce sera à mon tour de redonner à ce sport que j’aime passionnément. »

Wozniak, qui remercie les gens du Tennis 13 à Laval de lui avoir fourni des terrains pour s’entraîner, défendra son titre de championne en juillet au tournoi de Gatineau, où elle pourrait bien retrouver une certaine Eugenie Bouchard !

« Je vais aussi prendre part aux tournois Challenger de Winnipeg et de Granby. Mais pour remonter au classement, je dois être beaucoup plus active que ça », ajoute celle qui a été la première joueuse québécoise à percer le top 50 sur le circuit de la WTA et qui a remporté douze titres sur le circuit de l’ITF, dont deux l’an dernier à Gatineau et à Stillwater.

La sortie d’Abanda

Dans un autre ordre d’idées, Wozniak comprend la réaction de Françoise Abanda, qui a exprimé cette semaine sa frustration face à une discrimination raciale dont elle se dit victime.

« C’est triste de voir ce que Françoise a dû endurer, surtout à ses débuts. Elle a du mérite d’être passée à travers tout ça. Je comprends très bien ce qu’elle a pu vivre, car de l’intimidation et des remarques désobligeantes, j’en ai moi-même subi et entendu en raison de mes origines [polonaises]. »