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La plus ancienne synagogue au Canada

La photo «avant» a été prise vers 1890

Avant Après
Photo courtoisie, Bibliothèque publique juive de Montréal
Photo Pierre-Paul Poulin

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Plusieurs lieux, une congrégation

Ces messieurs, debout sur les marches de leur synagogue, appartiennent à la plus ancienne congrégation juive au Canada, la congrégation Shearith Israel de Montréal. Mieux connue sous le nom de Spanish and Portuguese, la congrégation de rite sépharade célèbre en 2018 son 250e anniversaire. Fondée par un petit groupe de personnes en 1768, elle rassemble des commerçants et des fournisseurs qui accompagnaient l’armée britannique lors de la guerre de Sept Ans et qui se sont établis ici après la Conquête. Les premiers offices ont lieu dans des locaux sur les rues Saint-Jacques, puis Notre-Dame et, enfin, des Récollets. Après quelques décennies, une première synagogue est inaugurée sur la rue Chenneville en 1838. Sur notre photo, les membres de la congrégation posent devant leur toute nouvelle synagogue, rue Stanley, au tournant du XXe siècle. Plus tard, en 1946, la communauté se déplace encore une fois. Sa synagogue actuelle se trouve dans Côte-des-Neiges, rue Lemieux.

Des Montréalais enracinés

Photo courtoisie, Bibliothèque publique juive de Montréal

Moins présents du côté francophone de la société montréalaise, les membres de Shearith Israel n’en sont pas moins bien enracinés dans l’histoire de la ville. L’apport de plusieurs membres de la congrégation est visible tant dans l’univers politique et académique montréalais que dans les sports. L’expulsion d’Ezekiel Hart de l’Assemblée du Bas-Canada, alors qu’il est dûment élu par les citoyens de Trois-Rivières, mènera ultimement à la reconnaissance des droits civiques des Juifs du Canada en 1831, une première au pays. Le rabbin Abraham de Sola est professeur de lettres à McGill et Cecil Hart sera l’un des gérants du Canadien de Montréal ! C’est d’ailleurs à son père, le docteur David Hart, que l’on doit le prestigieux trophée Hart de la LNH. Shearith Israel est d’ailleurs déjà bien canadienne quand une nouvelle vague d’immigration juive, ashkénaze cette fois, arrive d’Europe de l’Est à partir de 1850. Leurs rapports sont cordiaux, mais les différences de culte se font sentir et les Ashkénazes fondent leur propre synagogue : Sha’ar Hashomayim.

Des communautés sépharades

Photo courtoisie, Synagogue Spanish & Portuguese

Le rite sépharade puise son origine dans les rites des populations juives qui vivaient dans l’Espagne arabe, avant le 15e siècle. Après la conquête chrétienne, les populations juives sont expulsées du territoire et se déplacent vers l’Europe de l’Ouest ou le pourtour de la Méditerranée. Dans les années 1960, plusieurs membres de ces communautés convergent vers Montréal. Arrivant d’Irak, d’Éthiopie, de Syrie ou du Maroc, ils sont accueillis par le rabbin Solomon Frank. Avec son successeur Howard Joseph, ils commencent alors un long travail d’harmonisation de toutes les variantes nationales du culte sépharade. Plusieurs de ces populations proviennent d’anciens pays de l’empire colonial français et connaissent donc la langue française. Dans un Québec en pleine Révolution tranquille, les nouveaux venus s’accordent mieux avec la majorité et transforment aussi la culture de la synagogue, qui vit dès lors, avec ses quelque 800 familles, un pluralisme culturel et linguistique à l’image de la ville qui l’a vue naître.