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Quelle intégration pour les immigrants francophones?

Au Québec, une réflexion honnête et transparente s’impose.
Photo d'archives Au Québec, une réflexion honnête et transparente s’impose.

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L’immigration n’a jamais fait l’objet d’un véritable débat serein en tant qu’enjeu électoral au Québec.

Elle a toujours été abordée, par les partis politiques, comme un élément secondaire de leurs engagements électoraux, sans plus. La prochaine élection fera-t-elle exception ?

Un enjeu qui engage l’avenir

En tout cas, au Canada comme ailleurs dans le monde, la question devient de plus en plus incontournable.

Au Québec, une réflexion honnête et transparente s’impose, car le Canada est l’un des pays les plus ouverts à l’immigration, et le Québec ne peut pas faire l’économie de ce débat, à cause des ratés de l’intégration et de la crise des milliers de demandeurs d’asile de Saint-Bernard-de-Lacolle qui est loin de se résorber.

Sans compter que les guerres, les conflits et les catastrophes naturelles ne cessent de jeter sur les routes des millions d’exilés qui cherchent refuge et protection dans les pays occidentaux.

À ces déplacements forcés, estimés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à 65,6 millions de déracinés dans le monde, s’ajoutent les flux réguliers de candidats à l’immigration. Le Québec n’est plus à l’abri de ces débordements.

Pendant longtemps, le Québec était cité en exemple comme modèle de l’intégration. Mais ce n’est plus le cas. Il est donc légitime de se questionner sur nos façons de faire.

Le rôle des partis politiques est aussi d’amorcer des dialogues ouverts sur cet enjeu qui engage notre avenir.

Les ratés de l’intégration

Qu’on soit d’accord ou en désaccord avec la Coalition avenir Québec (CAQ), il faut lui reconnaître le mérite de soulever des questions qui suscitent une réflexion.

On peut remettre en question le bien-fondé de la proposition de réduire le nombre d’immigrants reçus annuellement de 50 000 à 40 000, mais cela ne justifie pas qu’on rejette cette proposition du revers de la main en versant dans les accusations gratuites.

Le Québec accueille déjà 50 000 nouveaux arrivants. Qu’en avons-nous fait ? Au lieu de « chiquer la guenille » sur les seuils d’immigration, est-ce que le premier ministre Couillard peut nous rendre compte de son bilan en matière d’intégration ? Par exemple :

1. Pourquoi les cours de francisation sont si peu accessibles et si peu adaptés aux besoins des « allophones » alors que le gouvernement prétend faire du français la langue commune des Québécois ?

2. Pourquoi les immigrants francophones qui arrivent avec une connaissance préalable du français, avec des diplômes et des compétences techniques et professionnelles acquises en français, sont ceux et celles qui enregistrent les plus forts taux de chômage au Québec ?

3. Comment expliquer que le gouvernement déploie des ressources pour recruter des candidats à l’immigration dans les pays francophones alors qu’il conçoit tous ses programmes d’intégration en fonction des immigrants allophones ?

4. Peut-on encore penser aujourd’hui que le fait de parler français pour un immigrant qui vient d’Afrique signifie qu’il est automatiquement intégré ? Peut-on engager un débat là-dessus ?

C’est le cas de Joseph, un ingénieur qui a choisi le Québec pour y vivre avec sa famille. Après deux ans de demandes d’emploi infructueuses, il a appris l’anglais et s’est décidé à postuler en Ontario.

Il n’a même pas eu à se déplacer à Toronto. L’entrevue s’est faite par Skype. Il a été retenu le jour même. L’employeur lui a offert de lui payer les billets d’avion pour lui et sa famille avec une semaine à l’hôtel en attendant de se trouver un logement. Joseph n’est pas un cas unique au Québec.

Comprenez-vous pourquoi le Québec perd plus de 25 % de ses immigrants reçus, sur cinq ans, alors qu’il investit des sommes considérables pour leur accueil, leur établissement, leur francisation et leur préparation à l’emploi ?