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Un investissement dans la relève

Sept jeunes cinéastes québécois ont lancé leur premier film en 2018 avec un budget total de moins de 1,5 M$

<i>Chien de garde</i>
Photo d'archives Chien de garde

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Tourner avec les moyens du bord semble être devenu un passage obligé pour les cinéastes de la relève. Avec le nombre élevé de projets de films soumis chaque année aux institutions financières et le peu d’argent disponible, les jeunes réalisateurs doivent souvent s’armer de patience et faire preuve de débrouillardise pour tourner leurs premiers longs métrages.

Pas moins de sept premiers longs métrages réalisés par de jeunes cinéastes québécois ont pris l’affiche depuis janvier dans les salles de la province. Et selon les données compilées par Le Journal, ces sept films ont tous été tournés avec des budgets totaux de moins de 1,5 M$.

Dans un dossier amorcé dans l’édition de samedi, Le Journal a évoqué les difficultés du cinéma québécois à dénicher un public. Depuis 2014, la SODEC et Téléfilm Canada ont versé 212 M$ pour la production et la mise en marché de films qui ont amassé des recettes de 52 M$.

<i>Les Scènes Fortuites</i>
Photo d'archives
Les Scènes Fortuites

Dans les sept oeuvres des cinénastes québécois, certains ont bénéficié de budgets respectables (1,5 M$ pour Chien de garde, 1,2 M$ pour All You Can Eat Bouddah), d’autres ont été produits avec des montants dérisoires. C’est le cas de films comme Les faux tatouages et Les scènes fortuites qui ont été tournés avec respectivement 250 000 $ et 150 000 $.

« La compétition pour obtenir du financement pour des budgets plus importants est totale, explique le producteur de Chien de garde, Étienne Hansez. Quand on aspire à avoir un bon budget pour un film et qu’on soumet son scénario à la SODEC et Téléfilm Canada, on se retrouve en compétition avec plus de 80 autres projets et on doit faire face aux Xavier Dolan, Philippe Falardeau et autres réalisateurs confirmés. C’est sûr que ça rend la chose compliquée pour les réalisateurs qui commencent. »

Plutôt que d’attendre après les institutions, certains cinéastes décident de se lancer dans le vide en tournant leur film sans subvention. C’est ce qu’avait fait Xavier Dolan il y a une dizaine d’années avec son premier film, J’ai tué ma mère, avec le succès qu’on connaît.

Programmes d’aide

Mais il existe des programmes d’aide financière spécifiques pour les premiers longs métrages québécois. Par exemple, les films Les scènes fortuites (de Guillaume Lambert) et Les faux tatouages (de Pascal Plante) ont été financés avec l’aide programme de production à microbudget de Téléfilm Canada. Ce programme est réservé aux productions artisanales dont le budget total n’excède pas 250 000 $.

« C’est sûr que 250 000 $, ça ne fait pas beaucoup d’argent pour produire un long métrage, mais comme on a fait nos classes dans le court métrage, on trouvait que c’était une suite logique à notre parcours, indique la productrice Les Faux tatouages, Katerine Lefrançois.

«Évidemment, il a fallu être ingénieux. Pascal a été réaliste au début en écrivant un scénario avec deux personnages principaux et dont l’histoire se déroule à Montréal. On avait une petite équipe technique de deux ou trois personnes. Plusieurs des membres de l’équipe ont accepté d’être payés en différé et Pascal a fait lui-même le montage du film sur son ordinateur.»

<i>Les faux tatouages</i>
Photo d'archives
Les faux tatouages

Tous ces risques ont été payants : Les faux tatouages a commencé sa carrière sur les chapeaux de roue, avec des sélections aux festivals de Slamdance et Berlin au début de l’année.

Les moyens de ses ambitions

Ce modèle ne peut toutefois pas s’appliquer à tous les films et tous les producteurs. Pour Chien de garde, par exemple, Étienne Hansez préférait travailler avec un budget de 1,5 M$ pour pouvoir offrir à la réalisatrice Sophie Dupuis les moyens de ses ambitions : «J’ai beaucoup d’admiration pour les cinéastes et les producteurs qui réussissent à faire des miracles avec peu d’argent, dit-il. Mais en tant que producteur, je pense qu’on a besoin de moyens pour faire des films. Quand on fait des films à très petits budgets, on le fait souvent sur le dos des acteurs, des artisans et parfois même du film. Une des mes fiertés pour Chien de garde, c’est que je crois que Sophie a eu tout ce qu’il lui fallait pour réaliser le film qu’elle voulait faire. »