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À 93 ans, il attend la retraite de son fils pour prendre la sienne

Un homme de 93 ans travaille encore à temps plein dans l’entreprise qu’il a fondée

Rosaire Pomerleau
Photo Carl Vaillancourt Luc Pomerleau, 67 ans, et son père Rosaire, 93 ans, dans sa résidence de Magog, où il s’occupe de son entreprise de balayeuses.

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MAGOG | Un entrepreneur de 93 ans travaille toujours cinq jours par semaine et attend que son fils prenne sa retraite pour prendre la sienne.

Rosaire Pomerleau ne fait pas son âge. Il dirige toujours l’entreprise R.P Vacuum, spécialisée dans l’installation de balayeuses centrales, qu’il a créée en 1963 à 38 ans.

L’homme s’est lancé en affaires en 1944 en achetant une cordonnerie. Cette même année, les alliés tentaient toujours de repousser l’Allemagne nazie et Maurice Richard en était à sa deuxième saison avec le Canadien...

« Je travaille avec mon fils. Ma fille nous aide également tous les vendredis. Le travail, c’est la santé. Je me sens bien à parler avec les gens et les aider », raconte M. Pomerleau, qui a fêté ses 93 ans le 9 avril.

Rosaire Pomerleau conduit encore le camion cube de son entreprise pour faire des livraisons chez ses clients, lui qui a payé sa première voiture 2800 $ en 1963.

« C’était une Oldsmobile », se rappelle-t-il.

Seul fournisseur au Québec de la compagnie américaine VACUFLO, le nonagénaire s’occupe de la gestion des fournitures pour l’entrepôt, la facturation aux clients, le service à la clientèle et la livraison pour les pièces à ses clients. Il estime qu’il travaille autant que lorsqu’il était plus jeune.

Avec son fils

M. Pomerleau pourrait très bien vivre en cessant de travailler. S’il continue, c’est d’abord et avant tout pour la passion, dit-il.

Il travaille avec son fils Luc, son unique employé, qui a 67 ans. Ce dernier s’occupe d’installer les systèmes dans les maisons, les entreprises et les infrastructures publiques.

« On travaille sur plusieurs projets en ce moment. Nous installons notamment le système dans la bibliothèque de l’Université Bishops », a-t-il raconté en entrevue.

Quand il avait 90 ans, M. Pomerleau s’est fait opérer à une hanche. Normalement, à cet âge-là, on ne fait pas ce genre d’opération, mais compte tenu de sa forme physique et qu’il travaillait, les médecins lui ont mis une hanche en plastique.

La retraite, pas maintenant

Malgré son âge vénérable, Rosaire Pomerleau n’entend pas prendre sa retraite immédiatement. Il aime travailler et ça le garde actif et vif d’esprit. Il affirme qu’il se retirera en même temps que son fils Luc, car il n’y a personne d’autre dans la famille pour prendre la relève de l’entreprise.

« Je n’aurai plus personne pour faire les installations. Je déciderai donc de vendre à un autre expert de la région pour qu’il puisse continuer de servir mes clients », a reconnu Rosaire Pomerleau, dont l’entreprise est située à Magog, en Estrie.

Sa fille Ginette Pomerleau avoue que son père est un phénomène de la nature. Chaque vendredi, elle visite l’entreprise familiale pour faire la tenue des livres comptables.

« Il a toute sa tête. Travailler lui permet de faire fonctionner ses méninges », raconte-t-elle.

Il a acheté une cordonnerie à 19 ans

Rosaire Pomerleau oeuvrait comme cordonnier quand il est devenu entrepreneur à l’âge de 19 ans. Il fêtera l’an prochain ses 75 ans dans ce rôle.

Luc Pomerleau estime que son père a toujours été prédestiné à une carrière d’entrepreneur. Cadet d’une famille de 11 enfants, il avait la fibre.

« Il a toujours eu à cœur l’intérêt de ses clients, c’est la raison pour laquelle il est heureux de travailler encore aujourd’hui. Ça lui permet de rester jeune », a confié l’homme de 67 ans.

En 1944, Rosaire Pomerleau a décidé d’acheter la cordonnerie de son frère à Magog.

Il avait commencé à y travailler quatre ans plus tôt, à 15 ans.

15 sous de l’heure

Quand il a pris la tête de l’entreprise, il payait son employé 15 sous de l’heure.

Une époque qui lui rappelle de beaux souvenirs encore aujourd’hui, 74 ans plus tard.

« On passait nos nuits du vendredi à réparer des chaussures pour que les gens soient capables de venir chercher leur paire samedi, puisqu’il y avait la messe le dimanche. C’était la belle époque. Même le Canadien était bon dans ce temps-là », lance à la blague ce grand amateur de hockey.

M. Pomerleau était l’un des huit cordonniers de Magog. Le métier est beaucoup plus rare aujourd’hui.

75e anniversaire

Après presque 20 ans, il a vendu sa cordonnerie pour démarrer son entreprise actuelle.

Quant à ses 75 ans comme entrepreneur, l’anniversaire le laisse plutôt indifférent.

« On a du plaisir à le faire. Ça fait longtemps que j’ai arrêté de compter les années », a-t-il dit.