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La fierté de François Legault

Periode des questions
Photo Simon Clark François Legault peine à convaincre de sa fierté d'être Canadien.

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La question était posée, le malaise était palpable. François Legault se dit fier d’être Canadien... mais n’arrive pas à traduire sa fierté en termes clairs.
 
L’enregistrement de cette conversation entre une journaliste du bureau parlementaire du Journal et François Legault a fait sourire plus d’un relationniste et a fait la journée des sceptiques quant à la conversion du chef de la CAQ.
 
Pelure de banane
 
Au moment de créer la Coalition avenir Québec, François Legault avait fait une réflexion quant à la position que devrait occuper sa formation sur l’échelle fédéraliste/souverainiste si caractéristique aux débats politiques des dernières décennies au Québec. 
 
En congrès en 2016, 5 ans après la création du parti, la CAQ a finalement adopté l’article 1 de ses statuts :
 
La Coalition Avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture.
 
Déjà, si ce n’était pas encore fait, François Legault aurait dû se mettre au travail pour trouver une manière convaincante de parler de son nouvel attachement au Canada.
 
On a vite compris que la conversion de François Legault tenait de l’électoralisme plus que d’autre chose. En bon patineur artistique, il tenait déjà un discours qui attribuait les meilleurs aspects du Canada à la contribution des Québécois et des francophones : 
 
[...] Je suis fier d’être Canadien, je suis fier de ce qu’on a construit et le Canada a commencé ici, donc ça a commencé à Québec. [...] Le Canada c’est des Français qui étaient là au début.
 
Au moins, le chef de la CAQ est conséquent, 2 ans après cette affirmation, il la répète. 
 
Étoffer son message
 
Le problème avec la réponse de François Legault, c’est qu’elle n’a non seulement pas évolué, mais qu’elle n’arrive à convaincre personne. Dans l’extrait audio rendu public, la journaliste doit insister pour que Legault crache le morceau et avoue, presque sous la torture, que certains aspects de la fédération canadienne peuvent rendre fier.
 
Cibler le « filet social canadien » comme argument de sa fierté permet à François Legault de concilier son passé-pas-si-passé de souverainiste avec la gorgée sure que représente pour tout bon péquiste une main tendue vers Ottawa. Après tout, la majorité des mesures comprises dans ce filet social (assurance maladie, services de garde, aide à l’emploi, congé parental...) sont typiquement québécoises.
 
L’homme d’affaires pragmatique peut aussi miser sur les « bons deals » que le Québec peut espérer faire avec le Canada. Ces justifications sont probablement tolérables pour François Legault et n’entraînent pas de réelle dissonance cognitive pour lui. Mais personne n’est dupe.
 
S’il souhaite vraiment convaincre les anglophones et les allophones que son intérêt envers eux dépasse le total des bulletins dans l’urne le 1er octobre, François Legault a intérêt à faire mieux et à le faire rapidement.
 
Il n’est jamais facile pour un politicien qui change son fusil d’épaule de concilier passé et avenir. Dans le cas de François Legault, il est grand temps qu’il se trouve un metteur en scène compétent et commence à répéter un monologue plus convaincant s’il veut remporter un prix d’interprétation au gala des fiers Canadiens.