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Simulation politique: malaise au cégep de Sherbrooke

Jonathan Mayer
Photo tirée du Facebook du Cégep de Sherbrooke Jonathan Mayer

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Des étudiants et des personnalités publiques craignent d’avoir été utilisés par un professeur de philosophie dans le cadre d’une simulation politique qui s’est transformée en projet de création d’un vrai parti provincial en vue des prochaines élections.

«J’ai l’impression d’avoir été manipulé», raconte Alexandre Blais-Graveline, 19 ans.

Il fait partie des quelque 120 étudiants qui suivaient le cours «Éthique et politique» donné par le professeur Jonathan Mayer au cégep de Sherbrooke cette session-ci.

La mission des étudiants était notamment de simuler la création d’un parti fictif. Le «Projet Virage» incluait aussi la production d’un documentaire mettant en scène des personnalités publiques comme l’humoriste Fred Dubé et l’ancien ministre péquiste Réjean Hébert, qui y parlent de leur vision d'une politique inspirante.

«Si j’avais su, je n’aurais pas participé», a réagi Réjean Hébert après avoir été informé par Le Journal de la tournure que le projet avait prise vers la fin de la session.

Vrais bulletins d’adhésion

Lors de la soirée de projection du film, le 17 mai, une cinquantaine de vrais cartons d’adhésion du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) ont été recueillis.

Les étudiants du cours pouvaient aussi obtenir jusqu’à 3 points bonis sur leur note pour avoir emmené des invités à la projection.

La page web du projet ne comporte par ailleurs aucune indication relative à son caractère éducatif.

«Un projet commun prend forme. Il ne manque que votre appui et votre contribution. Lors de l’élection du 1er octobre 2018, le Québec prendra un Virage. Êtes-vous prêts?» peut-on y lire.

Une dizaine de jeunes ont donc fait part de leur malaise à l’Association étudiante du cégep de Sherbrooke (AECS), explique le coordonnateur Jonathan Savard. L’AECS est d’ailleurs en train d’enquêter, car elle avait donné une subvention de 750 $ au projet, qu’elle croyait non partisan.

«Je ne veux pas être associé à ça [...] Je ne crois même pas aux partis politiques», a aussi réagi l’humoriste Fred Dubé.

Purement pédagogique

Le malaise est si grand que la paternité de l'initiative semble être devenue une patate chaude.

Malgré ce que ses étudiants soutiennent, le professeur Jonathan Mayer affirme n’avoir jamais eu l’intention de devenir le fondateur d'un vrai parti politique. «C’était clair depuis le début, que c’était une simulation et qu’il n’y aurait pas de partisanerie au sein de mon cours.»

Cela dit, M. Mayer ne peut garantir que des étudiants «enthousiastes» ne prennent l’initiative d'en créer un. «C’est entre leurs mains», dit-il.

Olivier Lessard, un étudiant qui y a travaillé, assure que M. Mayer n’a jamais «utilisé son statut d’enseignant pour des fins politiques». La création d'un vrai parti était plutôt l'initiative «volontaire» d'étudiants «à l'extérieur du cours».

La direction du cégep dit avoir appuyé le projet et assure qu’il était purement pédagogique. «C’est vraiment dommage [qu’il y ait un malaise], car c’est un formidable projet d’éducation à la citoyenneté», explique Marie-Claude Dupoy, directrice des communications.

Malaise

Or, selon les étudiants préoccupés, l’idée d’élargir le projet à la création d’un vrai parti venait bel et bien de l’enseignant. «Ce n’est pas parti des étudiants. À la base, c’est vraiment de lui que ça partait», affirme une étudiante qui préfère taire son nom pour ne pas nuire à ses notes.

Plusieurs étudiants ont souligné trouver ironique que cette situation se produise dans un cours d’«éthique et politique».

«En y repensant, j’ai l’impression que [la création d'un vrai parti] était préméditée dès le départ», abonde Alexandre Blais-Graveline.

Le parti ne verra toutefois pas le jour, le projet n’ayant pas recueilli les 100 cartons d’adhésion exigés par le DGEQ, indique Olivier Lessard.