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La Presse : des exigences qui sont raisonnables

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En cette ère de cynisme, on croit de moins en moins les gens sur parole.

Croyez-moi si je vous dis que je souhaite que La Presse traverse ses difficultés.

Je ne peux faire plus que vous demander de me croire.

Nécessaire

Dans une petite société, il est inévitable que la concurrence crée de vives tensions : le Québec n’est pas assez grand pour s’éloigner et recommencer un peu plus loin.

Quand cette société est traversée depuis longtemps par un débat existentiel sur son statut politique, cela vient compliquer encore plus les rapports entre les médias.

Les artisans de La Presse ont aussi parfaitement raison de dire que tous les médias traditionnels habitent aujourd’hui une maison fragilisée.

Pour le dire brutalement, seul un imbécile se réjouira des difficultés du journal.

Et seule une personne singulièrement étroite d’esprit ne verra pas qu’un Québec sans ce journal serait un Québec appauvri intellectuellement.

Personnellement, je ne peux m’imaginer sans mes alternances entre mon admiration pour ce qu’on y lit parfois... et mes frustrations pour ce qu’on y lit parfois.

Mais rien de cela n’est une raison pour que nos élus bénissent à toute vitesse, sans assurances, sans réponses à leurs questions, la transformation en OBNL que demande la direction du journal.

Essentiellement, ses propriétaires veulent en faire un OBNL pour ne plus assumer seuls les coûts. On comprend.

Mais ils veulent aussi garder le contrôle sur la composition du conseil d’administration.

On se retire ou on ne se retire pas ? Ou serait-ce qu’on veut se retirer pour les aspects désavantageux et ne pas se retirer pour les aspects avantageux ?

Discutable ? C’est le moins qu’on puisse dire.

Si ce journal devient un OBNL, libre à chacun d’entre nous d’y faire des dons.

Mais cet OBNL pourra aussi recevoir des subventions gouvernementales, c’est-à-dire de l’argent provenant de contribuables qui ne seront pas consultés.

Dans ce contexte, n’est-il pas normal que les élus qui représentent ces contribuables aient accès à la véritable situation financière du journal ?

Il est vrai que des entreprises privées très opaques reçoivent du financement public, mais elles ne demandent habituellement pas au législateur de leur mitonner un projet de loi sur mesure ou, si c’est le cas, elles savent qu’elles auront à répondre à de nombreuses questions.

Quand vous et moi demandons un permis ou un prêt, on s’attend à ce que notre interlocuteur veuille savoir dans quoi il s’embarque, non ?

Normal

Il faudrait maintenant faire vite.

Pourtant, le calendrier parlementaire et les exigences de son processus, tout cela était connu depuis belle lurette.

Les députés posent des questions, ont des attentes, exigent des garanties. Et ils ont raison. C’est leur boulot, non ?