/weekend
Navigation

Les failles du quotidien

Les fins heureuses
Photo courtoisie Les fins heureuses
Simon Brousseau, Le Cheval d’août, 204 pages, 2018

Coup d'oeil sur cet article

Que d’univers traversés dans ce recueil de nouvelles qui pose une très pertinente question : comment savoir si une histoire se termine bien ?

Le dernier récit du recueil Les fins heureuses est celui qui en rend le plus simplement l’essence.

Dans le cadre de son laboratoire, un homme a compris que « la terre est sur le point de voler en éclat ». Le dire aux autres ? Non, parce que les gens « méritent de vivre normalement, jusqu’au bout, sans être paralysés par l’idée de la fin ». Et pas n’importe quelle fin : celle de la vie tout entière ! Il n’y a aucun moyen que ça se termine bien. Le narrateur, dès lors, angoisse. Pourtant, même pour lui, le bonheur n’est pas mort.

Toutes les nouvelles jouent ainsi avec l’effet qu’auront ou pas, à hauteur de quotidien, le malheur, la déception, la honte, l’agacement. C’est le nageur obsédé qui écrit des lettres à l’homme qui, trop lent, encombre le couloir « rapide » de la piscine. C’est l’employé licencié qui s’en prend à la poussière (La propreté, pour un œil qui sait voir, est un immense charnier). Ou cet autre qu’une blague de mauvais aloi met à l’écart de ses collègues.

Il y a de quoi sourire, surtout au fil des confessions qui ponctuent le livre, attribuées à un site web où, de manière anonyme, chacun peut écrire ce qu’il n’avouerait jamais autrement. Qu’il est incapable de se réjouir du succès de ses proches, par exemple ! Ou qu’il est vaniteux. Ou qu’il triche en faisant des sudokus.

Mais des histoires sont plus lourdes. Il faut voir comment la mère du narrateur de la nouvelle Scam, devenue veuve et pourtant prévenue, tombe dans les filets d’un charmant et lointain inconnu.

Prise de conscience

Sans oublier ces nouvelles qui, même en finissant bien, continuent de peser pour leurs protagonistes. Ainsi, jusqu’où un étudiant sans le sou est-il prêt à aller pour ne pas payer son loyer ? Autre étudiant, autre tourment : dans La physique des boules de billard, le narrateur étudiant se demande s’il a ou pas tué un policier pendant les affrontements du printemps érable. Soudainement étranger à la fébrilité ambiante, seul avec le souvenir de son geste que personne n’a vu, « l’enfant que j’avais été m’adressait des reproches. Qu’est-ce que tu as fait ? » Cette prise de conscience, racontée sans ironie, vise juste.

Le souffle de sérénité qui traverse le recueil viendra... des chats. Celui de l’auteur ouvre le livre, chasseur de souris sans état d’âme. Mais dans une autre nouvelle qui leur est consacrée, l’âme des chats, qui font des humains leur proie, nous est bel et bien expliquée.

Simon Brousseau, qui signe ici son deuxième livre, nous fait ainsi partager, en variant les formes et sans jamais nous ennuyer, les failles du quotidien, celles que l’on garde pour soi. Et qui parfois, vaille que vaille, arrivent à être colmatées.