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Un Godbout indigeste

Un Godbout indigeste
Photo courtoisie

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Dans le petit milieu de la culture du Québec, on le surnommait le « pape ». Jacques Godbout en menait large et distribuait les notes d’excellence et de mauvaise conduite sur les différentes tribunes. Avec le temps, on s’est immunisé. Puis il a peu à peu restreint son ère d’influence aux éditions du Boréal qu’il préside encore.

Dans ses mémoires, on est aussitôt situé.

Comme pour nous prévenir, Godbout explique qu’il est issu d’une lignée à double allégeance. De par son père, il descend d’un chaloupier normand devenu cultivateur sur les rives du Saint-Laurent, tandis que de par sa mère, du sang écossais coulerait dans ses veines. Ces origines symbolisent en quelque sorte l’ambiguïté des prises de position de Jacques Godbout sur la question nationale. Un être bicéphale qui pratique le ni oui ni non, bien exprimé dans son roman Les têtes à Papineau, sorte de métaphore pessimiste sur la disparition inévitable qui nous guette.

Godbout prend son rôle très au sérieux. Déjà à dix-sept ans, il a une haute estime de lui-même. Ainsi, lorsqu’il veut s’inscrire à des cours de peinture au Musée des Beaux-Arts, le professeur le refuse. Mais le jeune Godbout remet en question son jugement : il conclut que ce dernier « ne reconnaît pas son génie ». Quelques années plus tard, il se consacre « peintre, écrivain et journaliste ».

Rappelant la victoire de Fidel Castro en 1959, Godbout peut se vanter d’être arrivé « au bon moment ». La chance est avec lui et il réussit à s’installer dans le milieu culturel québécois en pleine effervescence, rêvant par contre de publier à Paris, ce qu’il réussira à faire. Sans jamais s’engager ni à droite ni à gauche, il patine entre les clans qui se forment à la revue Liberté ou ailleurs, comme à l’Hexagone, la jeune maison d’édition où se retrouvent Gaston Miron, Jean-Guy Pilon et Fernand Ouellette. La revue Parti pris voit le jour, les premières bombes du FLQ explosent, le Québec est en train de changer à vitesse grand V et le monde s’intéresse à nous. Godbout s’en fera l’interprète.

Godbout dresse un portrait assez vivant de ce Québec d’avant et d’après la Révolution tranquille. On ne peut lui reprocher de le voir à travers ses propres réalisations, qui sont multiples, en cultivant son image de marque, mêlant vie privée et vie publique où il gravit tous les échelons (« par vanité », comme il l’avoue), des deux côtés de la rue, parfois à Westmount chez les Desmarais, parfois à la Société Saint-Jean-Baptiste, rue Sherbrooke Ouest, parfois dans le bureau du premier ministre Robert Bourassa, nous assurant ne jamais mêler amitié et politique.

On le sentait tiède face au nationalisme québécois en plein ressourcement, grâce aux luttes anticoloniales dans le tiers monde, mal à l’aise parmi les « amis » qui croient en une patrie pour les Québécois, mais bientôt il tranchera lorsqu’il accuse Gaston Miron d’être atteint de la « maladie infantile du patriotisme ».

Papa Godbout est le seul intellectuel à voir clair dans notre drame national. Nous comparer aux damnés de la terre serait insulter le tiers monde.

Le reste est l’avenant et pourrait s’intituler : « De l’avantage de faire partie des Beautiful People ». C’est tout ce que je déteste.

 

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