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De plus en plus d’Indiens demandent l’asile ici

L’organisme Ressource-Action-Alimentation à Montréal fournit aux demandeurs d’asile indiens des cours de francisation.
Photo Camille Garnier L’organisme Ressource-Action-Alimentation à Montréal fournit aux demandeurs d’asile indiens des cours de francisation.

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Quatre fois plus d’Indiens que l’an dernier ont demandé l’asile au pays, et Ottawa cherche activement des traducteurs pour traiter leurs dossiers.

En tout, ce sont 770 Indiens qui ont effectué une demande entre janvier et mars, contre 205 sur la même période en 2017.

Au Québec, l’écart est encore plus important : cinq fois plus de demandes d’asile qu’à la même période l’an dernier ont été remplies dans la province.

Avec ces chiffres, les Indiens représentent le second groupe de demandeurs cette année, derrière les Nigérians (environ 3000 dossiers à l’échelle nationale).

Violences

Les conflits religieux et les violences contre les femmes sont fréquents en Inde, comme le rapportait l’an dernier l’organisme Amnistie internationale, ce qui pourrait expliquer en partie la hausse des réfugiés. En 2015, on y dénombrait 327 000 cas d’agression sur des femmes.

L’existence d’une communauté sikhe au Canada et le multiculturalisme, dont fait d’ailleurs abondamment promotion le gouvernement de Justin Trudeau, pourraient inciter les demandeurs d’asile indiens à venir s’installer ici.

Ces personnes ne font pas leur demande en franchissant irrégulièrement la frontière au rang Roxham, comme plusieurs autres migrants, mais plutôt dans les bureaux de l’immigration ou à l’aéroport, parfois après avoir obtenu un visa de tourisme pour le Canada.

Le nombre de demandes d’asile d’Indiens connaît une hausse marquée depuis octobre 2017, une tendance qui se confirme depuis janvier. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, qui évalue ces demandes, recherche d’urgence des interprètes en bengali et punjabi, deux langues parlées en Inde.

« On reçoit tellement de monde depuis quelques mois que certaines de nos tablettes de nourriture sont vides », explique pour sa part Djeneba Traoré, une employée de l’organisme Ressource-Action-Alimentation, qui fournit des cours de français et de l’aide alimentaire dans le quartier de Parc-Extension à Montréal.

Corruption

Le Journal s’est entretenu dans les locaux de l’organisme avec plusieurs personnes de confession sikh, comme la majorité des demandeurs d’asile indiens au Canada.

« Chez nous, nous ne sommes pas en sécurité, a indiqué un homme qui a requis l’anonymat. La police ne nous protège pas et la justice est corrompue. »

« Dans ma région, un jeune homme a été décapité parce qu’il voulait épouser une fille d’une autre caste », a raconté dans sa langue natale une femme qui dit craindre les assassinats d’honneur, fréquents dans le nord du pays.

« La corruption et la torture policière font partie des principaux motifs quand on parle des demandeurs d’asile indiens, dit Marie-Josée Blain, avocate spécialisée en droit de l’immigration. Chaque fois ou presque qu’une femme est arrêtée, elle est violée. »

 

Explosion de demandeurs d’asile indiens au Québec

  • De janvier à mars 2016 : 70
  • De janvier à mars 2017 : 135
  • De janvier à mars 2018 : 640

Et au Canada

  • De janvier à mars 2016 : 135
  • De janvier à mars 2017 : 205
  • De janvier à mars 2018 : 770

 

Le climat politique provoque un exode vers le Canada

La situation politique de l’Inde, l’existence d’une communauté sikhe au Canada et la facilité des Indiens à obtenir des visas de tourisme peuvent expliquer en partie l’afflux récent de demandeurs d’asile en provenance de ce pays, selon plusieurs experts.

« Les choses ont empiré pour nous sous le gouvernement actuel : les sikhs sont maltraités », a expliqué au Journal un demandeur d’asile indien de confession sikhe interrogé sur la récente augmentation du nombre de migrants en provenance de son pays.

Comme lui, plusieurs membres de sa communauté ont indiqué au Journal être venus au Canada pour fuir le gouvernement de Norendra Modi élu en 2014, et qui favorise selon eux les hindous au détriment des minorités religieuses.

« C’est une réalité, et ce gouvernement ne s’en est jamais caché, il priorise les hindous », commente l’avocate spécialisée en immigration, Marie-Josée Blain.

Communauté

La présence historique des sikhs au pays serait un autre facteur poussant les membres de cette communauté à se tourner vers le Canada.

François Audet, <i>Institut d’études internationales</i>
Photo courtoisie
François Audet, Institut d’études internationales

« L’existence de réseaux d’accueil pouvant aider les nouveaux venus est sans doute le facteur le plus important, mais je ne négligerais pas l’aspect politique non plus », indique le directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, François Audet.

« Le gouvernement de Justin Trudeau, comme les membres du Parti conservateur avant lui d’ailleurs, sait que la communauté sikhe a un rôle à jouer dans les élections. Il y a donc un intérêt de son gouvernement comme des précédents à montrer qu’il est à son écoute », poursuit-il.

VISAS

Me Chantal Ianniciello, qui défend de nombreux réfugiés, estime pour sa part que la hausse des demandeurs d’asile indiens pourrait aussi s’expliquer par des facteurs administratifs.

« Il y a parfois des vagues de visas qui sont accordés, indique-t-elle.

« À un moment, les personnes qui venaient de la région du Pendjab ne pouvaient pas obtenir de visas pour les États-Unis alors qu’ils en obtenaient plus facilement pour le Canada », dit-elle en guise de conclusion.