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Le beau petit monopole d'ATM

Une classe du programme d'ATM du Cégep de Jonquière.
PHOTO PIERRE-ALEXANDRE MALTAIS Une classe du programme d'ATM du Cégep de Jonquière.

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J’ai été scandalisé de voir le Cégep de Jonquière quémander l’appui des artisans du milieu des communications pour que son programme d’Arts et Technologies des Médias (ATM) bénéficie d’ «une reconnaissance officielle de leur exclusivité par le gouvernement du Québec» via une campagne de signatures d’appui en ligne.

Je suis renversé de voir que ce Cégep, qui bénéficie de facto d’une protection totale et absolue de son programme depuis un demi-siècle, demande de renforcer cette exclusivité quand on considère tous les avantages dont cette institution bénéficie déjà.

Depuis 50 ans, TOUTES les demandes de TOUTES les institutions collégiales visant à donner un DEC en radio ou en télé ont été rejetées par le ministère de l’Éducation, les plus récentes étant celles des Cégep de Limoilou et du Vieux Montréal il y a une quinzaine d’années.

Étant moi-même impliqué en éducation en animation radiophonique depuis plus de 20 ans, je suis à même de témoigner de ce que tout le monde sait depuis toujours : ATM est une chasse gardée pour le Cégep de Jonquière. Touche pas à ça! En toute transparence, je suis le directeur du Collège Radio Télévision de Québec.

Est-ce à dire que malgré une exclusivité depuis 50 ans et une injection massive de 27 millions pour refaire complètement le département au cours des dernières années, le Cégep de Jonquière est si peu confiant en la qualité de son programme ou de l'attrait de sa région qu’il souhaite avoir une exclusivité reconnue officiellement par le ministère de l’Éducation et de l'Enseignement supérieur?

Pour quelle période? 10 ans? 20 ans? Pour l’éternité?

La seule garantie que l’on puisse avoir que tous les efforts soient faits pour améliorer un produit, quel qu’il soit, est la CONCURRENCE.

Ça force à devenir meilleur.

Connaissez-vous UN monopole qui fonctionne mieux PARCE QU’IL EST UN MONOPOLE?

Aucun.

Quant à l’argument de « donner la chance aux jeunes des grands centres de connaître la vie en région », je soumets que les jeunes sont de plus en plus mobiles et mieux informés. Si le programme est bon, ils iront là où on l’offre.

Le ministère de l’Éducation n’est pas l’Office du tourisme ou un bureau de développement régional.

Enfin, il est de plus en plus difficile d’intéresser les jeunes au métier.

On peut faire de l’aveuglement volontaire et ne pas voir cet état de fait mais la réalité frappe le domaine des médias depuis une dizaine d’années.

Et si, au lieu de voir le milieu se dévitaliser, on permettait au contraire de donner des concurrents à ATM à Québec ou Montréal où se trouve la plus forte concentration de relève potentielle?

En formation, le gros bon sens n’oblige-t-il pas de rapprocher l’offre de la demande?

Après CINQUANTE ANS d’exclusivité et une injection massive de 27 MILLIONS dans le département, il me semble que le Ministère pourrait dire : « On vous a donné 50 ans pour vous préparer et on a refait votre département au complet. Vous devriez être capables de vous débrouiller.»

Est-ce que le Cégep de Jonquière craint de ne plus être à la hauteur s'il avait de la concurrence?

Et si, pour relancer le métier, on faisait les choses différemment en commençant par la formation?

J’ai hâte de voir si les anciens d’ATM devenus des ardents défenseurs de la libre entreprise et qui dénoncent les autres monopoles d’État comme Hydro-Québec, la SAQ ou la gestion de l’offre dans son ensemble, réclameront avec la même ferveur la fin de ce monopole plutôt que sa confirmation.