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La consécration du Petit Prince

Le jour où Gilles Villeneuve est devenu une superstar

La consécration du Petit Prince
Photo d'archives, André Viau

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Ils sont plusieurs à prétendre que Gilles Villeneuve ne méritait pas de gagner le premier Grand Prix du Canada disputé à Montréal il y a 40 ans à bord de sa Ferrari.

N’eut été des ennuis de Jean-Pierre Jarier, qui convoitait lui aussi sa première victoire en F1, le pilote québécois aurait sans doute accédé au podium mais jamais sur la première marche en ce 8 octobre 1978.

La consécration du Petit Prince
Photo d'archives

La course automobile est ainsi faite. Aucun pilote n’est à l’abri de la défaillance de sa voiture, même quand il se retrouve derrière le volant de la meilleure monoplace du plateau à l’époque, la Lotus, celle qui allait consacrer Mario Andretti au titre de champion du monde. Le malheur de l’un a fait le bonheur de l’autre.

Jarier, appelé à remplacer Ronnie Peterson qui avait perdu la vie de façon tragique à Monza, en Italie, quelques semaines plus tôt, a dû abandonner, victime d’une défaillance de ses freins arrière, alors qu’il s’était forgé une avance en tête de près de 30 secondes avec une vingtaine de tours à parcourir.

Un dépassement à la... Villeneuve

Le pilote français, qui n’aura jamais été aussi près de gagner un Grand Prix, a sans doute abusé de sa mécanique. Son abandon était prévisible sur un tracé aussi exigeant.

Aussi inattendue en ce 8 octobre 1978, cette consécration allait arriver tôt ou tard. Villeneuve était trop doué pour passer à côté.

Le sort a voulu qu’elle survienne devant les siens.

Quelques mois plus tôt à Long Beach, en Californie, celui qu’on appelait affectueusement le Petit Prince, avait frôlé l’exploit avant de trouver sur son passage un certain Clay Regazzoni à qui il souhaitait prendre un tour.

Cette fin de parcours abrupte dans les pneus de protection a néanmoins su faire taire tous des détracteurs qui affirmaient que Villeneuve n’avait pas sa place en F1.

La consécration du Petit Prince
Photo d'archives

Après le signal du départ, le pilote de Berthierville, alors rétrogradé du deuxième au quatrième rang, s’était payé un dépassement digne d’un... Villeneuve.

À l’entrée du premier virage, en épingle, il se faufile à l’intérieur pour en sortir premier devant des adversaires stupéfaits et pas les moindres : son coéquipier Carlos Reutemann, ainsi que Niki Lauda et John Watson, partenaires chez Brabham.

Ce n’était donc que partie remise. C’est probablement à Long Beach qu’il aurait dû remporter sa première victoire en F1. Il se rachètera à cet endroit dès l’année suivante. Et avec panache.

Un moment d’extase

Devant un public conquis d’avance mais peu vendu à la F1, Villeneuve a su créer l’euphorie à l’Îe Notre-Dame. Sa victoire a fait de lui une superstar. Une idole est née.

Et, encore aujourd’hui, on dit de lui, oui 40 ans plus tard, qu’il aura été l’un des plus grands ambassadeurs que le Québec a connu.

La consécration du Petit Prince
Photo d'archives, Jacques Bourdon

S’il n’avait pas été fauché par un terrible accident le 8 mai 1982 à Zolder, en Belgique, il aurait sans doute rejoint la cour des champions du monde.

Encore aujourd’hui, des observateurs avertis n’hésitent pas à classer le petit gars de Berthierville dans le top 5 des pilotes les plus marquants de l’histoire de la F1.

Magistral sous la pluie

On a toujours dit d’un pilote d’exception qu’il était habile sous la pluie. À l’image d’un Ayrton Senna, disparu prématurément lui aussi, Villeneuve, comme le Brésilien que plusieurs décrivent comme le plus grands de tous les temps, était magistral face aux intempéries.

À Watkins Glen, site du Grand Prix des États-Unis Est en 1979, il avait fait une démonstration hors du commun qui allait susciter l’admiration de tous et surtout de ses rivaux.

Sur une piste détrempée lors d’une séance d’essais libres, Villeneuve défie toute logique en enchaînant les tours à un rythme d’enfer. Si bien qu’il a été le plus rapide, devançant le deuxième au tableau, son coéquipier Jody Scheckter, par 11 secondes !

Des pilotes se sont dirigés en bordure de la piste pour assister à ses prouesses. L’un deux, Jacques Laffite, n’avait pas caché son émerveillement.

«Ça ne vaut pas la peine de tenter de le battre, avait alors déclaré le pilote français. Il est dans une classe à part.»

Villeneuve avait attiré une meute de journalistes à sa sortie de voiture.

«Je me suis amusé, a-t-il répondu avec un large sourire. J’aurais peut être pu rouler encore plus vite, mais mon moteur avait des ratés sur la ligne droite. C’est dommage. Peut-être aussi aurais-je été victime d’un accident...»


♦ Doublé canadien: Comme si la victoire de Gilles Villeneuve n’était pas suffisante, ce premier Grand Prix à Montréal a été marqué par la deuxième place de Jody Scheckter qui avait été recruté par une écurie fondée par l’homme d’affaire canadien Walter Wolf. Comme scénario idéal, on ne pouvait trouver mieux.

 

Résultats 1er GP du Canada à Montréal

Pos Pilote (PAYS) Écurie Moteur 8 octobre 1978
1. Gilles Villeneuve (CAN) Ferrari Ferrari 70 tours en 1h 57min, 49,196s
2. Jody Scheckter (AFR) Wolf Ford à 13,372s
3. Carlos Reuteman (ARG) Ferrari Ferrari à 19,408s
4. Riccardo Patrese (ITA) Arrows Ford à 24,667s
5. Patrick Depailler (FRA) Tyrrell Ford à 28,558s
6. Derek Daly (IRL) Ensign Ford à 54,476s
7. Didier Pironi (FRA) Tyrrell Ford à 1 min, 21,250s
8. Patrick Tambay (FRA) McLaren Ford à 1 min, 26,560s
9. Alan Jones (AUS) Williams Ford à 1 min, 28,942s
10. Mario Andretti (É.-U) Lotus Ford à 1 tour
11. Nelson Piquet (BRÉ) Brabham Alfa Romeo à 1 tour
12. J.-Pierre Jabouille (FRA) Renault Renault à 5 tours
Non classé
  Keke Rosberg (FIN) ATS Ford à 12 tours
Abandons
  Jacques Laffite (FRA) Ligier Matra au 53e tour
  James Hunt (G.-B.) McLaren Ford au 52e tour
  J.-Pierre Jarier (FRA) Lotus Ford au 50e tour
  René Arnoux (FRA) Surtees Ford au 38e tour
  Bobby Rahal (É.-U.) Wolf Ford au 17e tour
  John Watson (G.-B.) Brabham Alfa Romeo au 9e tour
  Niki Lauda (AUT) Brabham Alfa Romeo au 6e tour
  Hans-Joachim Stuck (ALL) Shadow Ford au 1er tour
  Emerson Fittipaldi (BRÉ) Fittipaldi Ford au 1er tour
Non qualifiés
  Clay Regazzoni (SUI) Shadow Ford  
  Beppe Gabbiani (ITA) Surtees Ford  
  Arturo Merzario (ITA) Merzario Ford  
  Hector Rebaque (MEX) Lotus Ford  
  Rolf Stommelen (ALL) Arrows Ford  
  Michael Bleekemolen (P.-B.) ATS Ford  

Position de tête : Jean-Pierre Jarier 1 min, 38,015s

Meilleur tour en course : Alan Jones 1 min, 38,072s (au 70e tour)