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Le cerveau multitâche, un mythe ?

Le cerveau multitâche, un mythe ?
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Dans une société qui rime avec productivité, nous sommes portés à mener plusieurs dossiers de front, que ce soit au bureau, à la maison ou à l’école. Mais notre cerveau peut-il réellement faire plusieurs choses à la fois ? Coup d’œil sur ce qu’en disent les spécialistes de la matière grise.

Selon une recherche publiée récemment par une équipe américaine dans les Annals of Emergency Medicine, de même que selon Sylvain Baillet, professeur au département de neurologie et de neurochirurgie de l’Université McGill, le multitâche consiste à réaliser au moins deux tâches simultanément, c’est-à-dire que notre cerveau les traiterait exactement en même temps. Les nouvelles technologies de l’information nous donnent l’impression de pouvoir faire plusieurs tâches en même temps. Un travailleur répond à un courriel tout en parlant au téléphone. Un jeune fait ses devoirs tout en discutant sur Facetime avec un ami. Un professionnel assiste à une réunion tout en tweetant. D’où l’expression « Multitâche », qui s’est rapidement invitée dans le vocabulaire courant.

Toutefois, c’est là que se situe le débat. Le cerveau peut-il vraiment traiter deux tâches en même temps ?

Les neurologues français Étienne Koechlin et Sylvain Charron, du Laboratoire de neurosciences cognitives de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), ont utilisé l’imagerie médicale pour analyser l’activité cérébrale de personnes en mode multitâche. Leur conclusion publiée dans Science en 2010 : le cerveau n’est pas en mesure de réaliser plusieurs tâches de manière strictement simultanée. En fait, plusieurs zones peuvent s’activer en même temps, mais le cerveau ne traitera qu’une seule tâche à la fois. La zone préfrontale, située à l’avant du cerveau, assure une forme de coordination et de planification, un peu comme un commutateur permettant au cerveau de passer d’une tâche à l’autre en quelque 100 millisecondes (soit 0,1 seconde). Dans un article publié en 2005, les chercheurs ont mis en lumière les mécanismes de la dynamique cérébrale responsable du clignement attentionnel. Ce phénomène — comparable au clignement des yeux — interrompt temporairement, mais inconsciemment, notre attention. Ainsi, lorsque nous devons alterner rapidement entre deux tâches, nous risquons de perdre le fil de certaines informations. Un peu comme un conducteur qui se concentre sur son virage à une intersection achalandée et qui a perdu le fil de la conversation qu’il tenait avec son passager.

Des stratégies pour en faire plus ?

« Le cerveau nous permet de réaliser deux tâches simultanément si leur exécution est devenue automatique et inconsciente, grâce à l’apprentissage répétitif. C’est le cas lorsque nous marchons et discutons en même temps », explique cependant le Dr Baillet. Dans ces deux exemples, notre cerveau n’a plus besoin de mobiliser notre attention et notre conscience ; elles peuvent se concentrer sur une autre action.

Le multitâche demande toutefois plus d’énergie au cerveau que le « Monotâche », affirme Earl Miller, spécialiste en neurologie au Massachusetts Institute of Technology. Une étude publiée en 2015 par des chercheurs de l’Université du Michigan sur le quotidien des urgentologues prouve d’ailleurs que plus on sollicite son cerveau, plus il risque de faire des erreurs.