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Il y a trop d’hommes blancs hétéros!

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Diversité. C’est le mot à la mode. Dans le milieu culturel bien-pensant, on n’entend que ça. Maintenant, il faut ajouter une nouvelle revendication émanant d’Hollywood. La diversité chez les critiques. Oui, Mesdames et Messieurs, l’heure est grave, car imaginez-vous qu’il y a parmi les critiques de cinéma, beaucoup trop... d’hommes blancs hétérosexuels.

Homme blanc, tais-toi !

Cette nouvelle lubie nous a été révélée hier par l’actrice Brie Larson (gagnante d’un Oscar pour son rôle dans Room et qui jouera Captain Marvel dans Avengers 4).

À une remise de prix aux USA, elle a cité une étude qui révèle que, pour les 100 films les plus populaires de 2017, moins du quart des critiques étaient signées par des femmes, moins de 10 % par des hommes issus de minorités, et moins de 2,5 % étaient écrites ou présentées par des femmes de minorités visibles.

Scandale ! Injustice ! Il faut que ça cesse, ces hommes blancs hétéros qui nous disent ce qu’ils pensent du cinéma ! Et je suppose qu’en plus, ils ne sont pas handicapés ni transgenres ?

« Je ne dis pas que je déteste les gars blancs, a quand même tenu à préciser Brie Larson. Mais je ne veux pas entendre ce qu’un homme blanc pense du film A Wrinkle in Time. Je veux entendre ce qu’en pense une femme noire, une femme métissée, une ado noire. »

Si vous ne vous souvenez pas d’A Wrinkle in time (Un raccourci dans le temps), c’est ce film d’Ava DuVernay avec, entre autres, Oprah Winfrey, mettant en vedette une ado de couleur.

Si on suit la logique de Mme Larson, seules des femmes noires peuvent critiquer un film réalisé par une femme noire et mettant en vedette des comédiennes noires ?

Seuls des ados boutonneux avec des hormones dans le tapis devraient critiquer les blockbusters d’Hollywood ?

Seul un homosexuel noir aurait pu donner son opinion sur Moonlight ?

Si on applique l’argument Larson au cinéma, appliquons-le aussi à la musique. Seuls des queers pour se prononcer sur le dernier Cœur de pirate ?

En compartimentant ainsi la société, on ne sert pas l’inclusion, on encourage la division.

C’est comme si on disait que, parce que tu es un homme blanc hétéro, tu ne peux pas comprendre la réalité d’une femme handicapée mère monoparentale noire. Mais le but de l’art, c’est justement de te toucher, de te bouleverser, de te prendre aux tripes, peu importe qui tu es, peu importe la couleur de ta peau ou ton statut social !

Le festival de la diversité

Larson a annoncé que Sundance et le Festival du film de Toronto se sont engagés à remettre 20 % de leurs accréditations de journalistes à des membres de minorités pour mieux refléter l’Amérique.

Il me semble que le seul critère pour déterminer qui doit être critique et qui doit être invité comme journaliste, c’est la compétence.

Mais qu’est-ce que j’en sais ? Je ne suis qu’une femme blanche privilégiée hétérosexuelle.

Je continue à penser qu’on n’a pas besoin d’être un juif survivant des camps de concentration pour avoir l’âme fendue par un film comme La liste de Schindler. On a juste besoin d’avoir deux yeux, une tête et un cœur.