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LA JUNGLE 4
ZVIANE
Photo courtoisie LA JUNGLE 4 ZVIANE

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À mi-chemin de son ambitieux projet éditorial autoédité lancé à l’automne 2016, l’auteure québécoise Zviane livrait ces derniers jours le 4e volet de la revue La Jungle.

Zviane ne fait rien comme les autres. Après le succès des précédents albums, dont L’Ostie d’chat (réalisé conjointement avec Iris et publié chez l’éditeur européen Delcourt), Le bestiaire des fruits, Ping-pong et Les Deuxièmes – pour lequel elle récolta le Grand Prix de la Ville de Québec et un Joe Shuster –, l’artiste trentenaire décide de se consacrer exclusivement à la réalisation des 8 numéros qui composeront l’aventure de La Jungle. « Le pari est de le faire à mes frais. Pour l’instant, ça va ! » lance l’enthousiaste artiste. « Comme je ne dépends pas de ce projet pour vivre, La Jungle change complètement mon rapport à l’art. N’étant pas redevable à un éditeur, je me permets de prendre des risques et m’accorde une totale liberté. »

Et ne la cherchez pas sur Facebook, elle n’y est plus. Zviane compte plutôt sur le bon vieux bouche-à-oreille et la fidélité de ses 51 abonnés. Au fil du temps, elle s’est dotée d’un important bassin de lecteurs, comme en a témoigné l’affluence à sa table lors de la plus récente édition du Festival BD de Montréal.

Territoire vierge

Véritable laboratoire narratif, la revue bisannuelle qu’elle pilote seule ne ressemble à rien, sinon peut-être à la première incarnation du Acme Novelty de l’Américain Chris Ware, de par sa densité et son sens excessif du détail. Chaque numéro présente un chapitre du feuilleton Football-fantaisie, qui fera l’objet d’un album aux éditions Pow Pow. Pour le reste, l’auteur se laisse porter par ses envies et son instinct. Chaque publication est l’occasion d’aller ailleurs.

Elle consacre son 4e volet à un récent périple au Japon, où différentes formes narratives se côtoient, dont le carnet de voyage, la prose, le strip, le collage et la photo. Cette portion se lit d’ailleurs dans le sens oriental de lecture, jusqu’à Football-fantaisie, où le lecteur est invité à lire dans le sens occidental, en « repartant de l’autre bord de la couverture », comme expliqué en cours de lecture par celle qui avoue avoir appris le dessin en copiant le manga Sailor Moon. Un travail monastique, qu’elle a mis deux mois à réaliser, à raison de 14 heures par jour. Rarement avons-nous vu pareil tour de force dans le microcosme de la bande dessinée québécoise.

La Jungle est aussi l’occasion pour Zviane de découvrir les différentes facettes de l’édition. « L’idée est née de mon désir d’apprendre à faire de la couleur et de comprendre comment se fait un livre, de l’idée à sa mise en marché. Mes années de cohabitation avec Luc Bossé, éditeur de Pow Pow, ont été formatrices. »

Indéniablement une des auteures phares du 9e art local, Zviane ne cesse de surprendre, de se réinventer, d’investir des territoires vierges.

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VOIX ET IMAGES 
no 128
COLLECTIF
UQAM
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VOIX ET IMAGES no 128 COLLECTIF UQAM

Publiée depuis 40 ans, la revue du département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal propose un copieux dossier sur le 9e art québécois pour la première fois de son existence, flanquée d’une superbe couverture trouée de Jean-Paul Eid. En plus d’articles consacrés aux artistes Théophile Busnel, Albéric Bourgeois, Zvian, Jimmy Beaulieu, Philippe Girard, Voix et Images s’intéresse à la bande dessinée au musée, brosse un survol des 20 dernières années en territoire québécois et propose une bibliographie exhaustive du corpus théorique de la BDQ. Voilà le genre d’initiative que l’on souhaite voir plus.

PISCINE À VAGUE
JIMMY BEAULIEU
ÉD. COLOSSE
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PISCINE À VAGUE JIMMY BEAULIEU ÉD. COLOSSE

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