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Immigration, la grande obsession

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Impossible de les manquer : les 630 migrants parqués sur le navire humanitaire Aquarius depuis une semaine sont attendus au port espagnol de Valence par tout autant de journalistes, venus de partout en Europe et ailleurs. On les verra dans toute leur misère, horrifiant certains, décourageant d’autres, mais fortifiant chez tous le sentiment que ça ne peut pas durer.

Fascinant de voir les Européens gérer leur politique migratoire : elle va dans tous les sens. Les politiciens s’épanchent en états d’âme, les bureaucrates bruxellois concoctent des mesures qui ne font l’affaire de personne et les citoyens eux-mêmes, d’un scrutin à l’autre, expriment de plus en plus clairement leur inquiétude. Entre-temps, les migrants continuent de se pointer aux frontières terrestres et maritimes.

C’est à Matteo Salvini, le nouveau ministre italien de l’Intérieur, qu’on doit le plus retentissant « Pas dans ma cour ! » des dernières années. En refusant l’accès de l’Aquarius aux ports italiens, il a forcé les autres Européens à descendre de leur piédestal moralisateur et à assumer les conséquences d’une politique migratoire fonctionnelle sur papier, détestée dans la vraie vie.

Quand les fonctionnaires s’en mêlent

Les Européens ont adopté en 2013 un règlement, Dublin III, qui établissait que le pays d’entrée d’un réfugié avait la responsabilité d’assumer la demande d’asile. Un migrant arrivé et enregistré en Italie, par exemple, et qui avait poursuivi sa route vers les Pays-Bas ne pouvait pas déposer là sa demande d’asile, mais était renvoyé vers l’Italie qui devait s’occuper de son cas.

Les deux principaux ports d’entrée européens, l’Italie et la Grèce, ont vite crié à l’injustice forçant, avec l’Allemagne et son propre excès d’immigrés, l’adoption d’une autre mesure plus controversée encore : la redistribution des réfugiés entre les 28 États de l’Union européenne, chacun recevant son quota... décidé, bien sûr, dans un bureau de fonctionnaire.

La tolérance et ses limites

Échec complet ! À l’est, les membres de l’Union se sont rebellés et en Hongrie, par exemple, le gouvernement nationaliste de Viktor Orban n’a pas accepté un seul des réfugiés de son quota. Les Français ont fait mieux, tout en parvenant à échapper à l’essentiel de leurs responsabilités : ils n’ont accueilli que 4000 de leur quota de 30 000 demandeurs d’asile.

Les Allemands – en particulier, la chancelière Angela Merkel – qui s’étaient montrés spectaculairement généreux en acceptant près de 900 000 réfugiés en 2015 expriment maintenant leur trop-plein.

Selon un sondage de la chaîne publique ARD dévoilé vendredi, 62 % des Allemands veulent qu’on refuse l’entrée au pays aux étrangers sans papier, alors que 86 % des répondants souhaitent que les procédures d’expulsion soient accélérées lorsque les demandes d’asile ont été rejetées.

Une fièvre contagieuse

Même les Suédois, si charitables, s’essoufflent. Les discours politiques, à trois mois des élections législatives, sont dominés par la question de l’immigration et, selon le tout dernier sondage, les démocrates de Suède, parti anti-immigration d’extrême droite, reçoivent maintenant l’appui d’un électeur sur cinq.

Ceux qui espèrent que la tourmente va vite passer vont avoir un choc. Trente-huit pour cent du demi-milliard de citoyens de l’Union européenne, interrogés pour l’Eurobaromètre de la Commission européenne, juge que l’immigration est le problème majeur du continent. Le terrorisme vient en 2e place à 29 %.

Puis, le 1er juillet, l’Autriche et son gouvernement de coalition avec l’extrême droite s’installe pour six mois à la présidence de l’Union européenne. Et aucune ambiguïté chez le jeune chancelier autrichien, Sebastian Kurz, 31 ans à peine : un des objectifs de la présidence autrichienne sera de trouver les moyens d’empêcher l’arrivée massive de migrants sur le continent.

Les Européens en ont assez, c’est clair !

Pourcentage de la population née à l’étranger pour certains pays d’Europe :

 

L’Italie dit « assez ! » :

5 millions d’étrangers pour 60,5 millions d’habitants

  • Roumains 23 %
  • Albanais 9 %
  • Marocains 8 %
  • Chinois 5,5 %

Les arrivées via la Libye ont coûté en 2017, selon le gouvernement italien, 4,2 milliards d’euros (6,2 milliards $)

18 % pour les secours en mer

13 % pour l’assistance sanitaire

65 % pour les centres d’accueil des demandeurs d’asile

 

Migrants à bord de l’Aquarius :

Photo AFP

Environ 630 migrants

  • 450 hommes
  • 80 femmes, dont 7 enceintes
  • 93 adolescents
  • 11 enfants de moins de 13 ans originaires en majorité d’Afrique, mais aussi d’Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan.