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Des suçons au pot interdits sont vendus à Sherbrooke

Leur fabricant tente pourtant d’obtenir une licence de producteur de cannabis

À la boutique d’accessoires pour fumeurs N’importe quoi, située sur la rue King à Sherbrooke, notre Bureau d’enquête a trouvé en vente des friandises au pot interdites par la loi, comme des sucettes et des jujubes.
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin À la boutique d’accessoires pour fumeurs N’importe quoi, située sur la rue King à Sherbrooke, notre Bureau d’enquête a trouvé en vente des friandises au pot interdites par la loi, comme des sucettes et des jujubes.

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Une entreprise qui tente de devenir un producteur de pot autorisé a fabriqué des bonbons au cannabis interdits par Santé Canada qui se retrouvent encore aujourd’hui sur les tablettes des magasins.

La boutique d’accessoires pour fumeurs N’importe quoi sur la rue King à Sherbrooke vend des sucettes contenant 50 et 100 mg de CBD (une substance tirée du cannabis) identifiées à la compagnie MYM Neutraceutical et sa marque Joshua Tree.

Seuls les producteurs autorisés par Santé Canada peuvent vendre des huiles ou du cannabis séché contenant du CBD à des patients qui ont des prescriptions médicales. Mais la vente de produits comestibles demeure illégale, souligne l’agence fédérale.

À la boutique d’accessoires pour fumeurs N’importe quoi, située sur la rue King à Sherbrooke, notre Bureau d’enquête a trouvé en vente des friandises au pot interdites par la loi, comme des sucettes et des jujubes.
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin

La propriétaire de la boutique nous a affirmé que les sucettes au CBD étaient vendues légalement parce qu’elles sont à base de chanvre. Il s’agit d’une variété de cannabis qui contient peu de THC.

Or, Santé Canada et l’Alliance commerciale canadienne du chanvre nous confirment qu’il est aussi interdit de vendre des produits à base de chanvre qui contiennent du CBD.

Santé Canada a d’ailleurs été mis au courant de la situation. « Le Ministère [de la Santé] a envoyé une lettre d’avertissement à l’entreprise pour lui rappeler qu’il est illégal de vendre, sans licence [...] des produits contenant du CBD », a précisé Tammy Jarbeau, porte-parole de Santé Canada.

Sans licence

MYM attend toujours sa licence de Santé Canada pour ses deux sites de culture de pot au Québec, soit à Laval et à Weedon en Estrie.

« MYM ne fabrique et ne vend plus les produits Joshua Tree, a expliqué le directeur aux communications de MYM Robin Linden. Nous avons arrêté de les fabriquer afin de les mettre en conformité avec les nouvelles lois [C45 sur la légalisation du cannabis]. »

On apprend sur le site de MYM que la production a été « suspendue » en date du 18 mai. L’entreprise et son porte-parole se sont toutefois gardés de mentionner la lettre d’avertissement.

« La sucette est un vieux produit qui n’est plus fabriqué », a affirmé M. Linden.

Même si les bonbons au CBD n’ont jamais été autorisés, l’entreprise affirmait en janvier dernier dans un communiqué que sa marque avait enregistré une augmentation des ventes de 850 % au cours des 10 derniers mois.

Aussi récemment qu’en janvier 2018, dans son sommaire exécutif, l’entreprise expliquait avoir trois marques de produits de CBD dont une gamme d’huile de CBD pour animaux (aussi interdite).

Plans ambitieux

En 2017, la marque Joshua Tree a rapporté 800 000 $ en vente et les prévisions pour 2018 sont de 2,8 millions $.

Nous avons aussi trouvé les produits Joshua Tree sur trois sites internet de dispensaires en ligne illégaux.

Sur la page Facebook de la boutique de Sherbrooke, on indique le 10 mai dernier que les jujubes au CBD (également interdits) sont de retour sur les tablettes. Les sucettes sont aussi de retour en magasin depuis le 19 avril.

Même si le cannabis sera légalisé en 2018, les produits comestibles au cannabis ne le seront pas avant 2019.

– Avec la collaboration de Marie-Christine Noël et Alex Drouin

De nombreux faux pas pour l’entreprise

<b>Fabian garcia</b></br>
<i>MYM</i>
Photo courtoisie
Fabian garcia
MYM

MYM Neutraceutical n’en est pas à son premier faux pas. L’entreprise dont le siège social est situé à Vancouver espère recevoir deux licences de producteur de cannabis de Santé Canada au Québec, pour ses installations projetées à Laval et à Weedon.

Notre Bureau d’enquête a révélé que l’entreprise faisait mousser son projet à Weedon en affirmant faussement que Yann Lafleur, président de sa filiale québécoise CannaCanada, était le neveu « de la superstar de hockey canadienne Guy Lafleur ».

Nous avons également mis au jour un conflit d’intérêts potentiel impliquant l’ex-DG-adjoint de la municipalité de Weedon, Fabian Garcia, qui a été le partenaire d’affaires d’Antonio Bramante, un des actionnaires de CannaCanada. M. Bramante a d’ailleurs un casier judiciaire.

M. Garcia a depuis été engagé par MYM comme responsable du projet Weedon. Une entreprise à numéro a d’ailleurs été créée à cet effet le 24 avril. M. Garcia est nommé comme président et MYM est actionnaire.

Terrains achetés

Même si l’entreprise attend encore sa licence, elle a acheté il y a quelques jours deux terrains voisins en zone agricole dans la municipalité de Weedon, pour environ 660 000 $. MYM y installera des serres de cannabis de 1,5 million de pieds carrés.

C’est d’ailleurs la Ville qui avait négocié cette transaction et avait signé une promesse d’achat dès mai 2017.

MYM a aussi annoncé il y a quelques jours qu’elle avait embauché des experts dans le domaine des serres pour superviser la production de cannabis.

Le projet Weedon, qui est évalué à 200 millions $ et qui promet de créer 400 emplois, fait rêver la petite municipalité de 2500 habitants.

En plus de la culture de cannabis thérapeutique, le projet comprend un pôle touristique autour du cannabis, un musée, une cafétéria, un restaurant, un hôtel, une clinique et un centre de recherche et d’innovation sur le cannabis.

Si MYM n’obtient pas sa licence, le projet pourrait être compromis.