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«Aujourd’hui, je suis bien dans ma peau»

Marie Denise Pelletier a eu du mal à s’habituer au vedettariat au cours de sa carrière

Entrevue avec Marie Denise Pelletier
Photo Ben Pelosse Marie Denise Pelletier est en vedette dans la comédie musicale Fame, présentée au Théâtre St-Denis.

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Pour plusieurs, la présence de Marie Denise Pelletier dans la distribution de la comédie musicale Fame marque le grand retour de la chanteuse. Une fausse impression qui fait rire la principale intéressée. « Je vis de ma voix depuis 35 ans. Je n’ai jamais arrêté. Et je n’ai pas l’intention de le faire », affirme-t-elle.

« Je n’ai jamais pris d’année sabbatique depuis mes débuts. Évidemment, il y a eu des moments plus tranquilles, et c’est parfaitement normal. Mais, au fond, tant mieux si des gens profitent de Fame pour me redécouvrir », poursuit la chanteuse, souriante, en entrevue avec Le Journal.

Marie Denise Pelletier reconnaît tout de même qu’elle a eu une carrière « atypique », qui s’est déroulée tantôt sous les projecteurs, tantôt plus discrètement.

Carrière

Depuis qu’elle a remporté le premier prix d’interprétation au Festival international de la chanson de Granby en 1982, la chanteuse a enfilé les succès radiophoniques, notamment Pour une histoire d’un soir, Survivre ensemble et À 17 ans. Avec aujourd’hui quelque 600 000 albums vendus au fil de sa carrière, elle s’est produite sur quatre continents avec des concerts en France, en Afrique, au Yémen et au Vietnam.

Mais dans les dernières années, sa carrière a eu une moins grande portée médiatique avec des projets « moins grand public ». Et loin d’elle l’idée de s’en plaindre.

« J’adore ce métier, j’adore être chanteuse. Mais je déteste être une vedette. J’ai beaucoup de misère avec ça », déclare-t-elle.

« Aujourd’hui, je suis bien dans ma peau. Mais à 28 ans, j’assumais très mal le vedettariat, je le vivais difficilement. À l’époque, il fallait toujours être tirée à quatre épingles. Mais moi, je veux pouvoir aller au dépanneur à l’heure que je veux, en ayant l’air de ce que je veux. Cette liberté-là, j’y ai toujours tenu. J’aurais probablement été un peu malheureuse si j’étais devenue une mégastar », poursuit-elle.

Sa cote de popularité risque tout de même de regrimper cet été avec son rôle dans la comédie musicale Fame. Sur scène, Marie Denise Pelletier devient Miss Sherman, une enseignante particulièrement autoritaire du célèbre High School of Performing Art de New York. En acceptant ce rôle, la chanteuse effectue en quelque sorte un retour aux sources, trois décennies après avoir prêté ses traits à Stella Spotlight dans Starmania.

À l’instar de l’œuvre de Luc Plamondon, Fame lui permet de récolter régulièrement des ovations debout avec un titre en particulier : Ce sont mes enfants, la version française de These Are My Children.

Réalité ou fiction

Il faut dire que l’interprète s’est sentie particulièrement interpellée par cette chanson où son personnage, une femme qui n’a jamais eu d’enfants, raconte l’amour qu’elle a pour ses élèves.

« La réalité et la fiction s’y rejoignent : je n’ai jamais été mariée, je n’ai jamais eu d’enfants non plus. Alors c’est certain que je parle un peu de moi à travers cette chanson. Je ne suis pas professeure comme Miss Sherman, mais cet amour pour les enfants, je l’ai tout autant », confie la chanteuse.

Marie Denise Pelletier précise tout de même n’avoir aucun regret de ne pas avoir fondé de famille dans le passé.

« Je n’étais simplement pas due. Je ne suis jamais tombée enceinte de ma vie, alors peut-être que je ne pouvais pas avoir d’enfants non plus. Mais j’en ai plusieurs dans mon entourage avec mes neveux et mes nièces, alors je peux être la matante gâteau qui les gâte quand elle veut », confie-t-elle, sereine.

► La comédie musicale Fame est présentée jusqu’au 21 juillet au Théâtre St-Denis.

Une Histoire d’un soir... de 30 ans

Il y a aujourd’hui 30 ans, Marie Denise Pelletier lançait une chanson qui allait marquer sa carrière : Pour une histoire d’un soir. Et dire qu’elle n’avait pas, à l’époque, l’intention d’envoyer cet extrait aux radios.

« Je ne l’aimais pas ben ben », confie en riant Marie Denise Pelletier.

« Disons que ce n’était pas ma chanson préférée sur l’album. Je l’ai chantée en studio en y mettant le meilleur de moi-même, mais vraiment, elle ne m’allumait pas tant que ça. Par contre, mon gérant de l’époque, lui, était convaincu que ce serait un hit. Alors je lui ai fait confiance », poursuit-elle.

Et il avait raison. Trois décennies après sa sortie, la pièce écrite par Luc Plamondon sur une musique de Mark Baker, demeure un incontournable du répertoire de la chanteuse.

Émancipation sexuelle

À l’époque, il s’agissait d’un choix audacieux. Il était alors rare d’entendre une femme parler d’aventures sans lendemain de manière aussi ouverte et assumée. Cette signification de la chanson avait toutefois d’abord échappé à la chanteuse.

« J’étais un peu inconsciente de ce que je chantais. Je crois que j’étais un peu naïve (rires). Je ne l’ai réalisé que plus tard, quand des femmes sont venues me dire que je leur avais donné la permission d’avoir des histoires d’un soir. L’émancipation de la sexualité féminine a commencé bien avant ma chanson : moi-même, dans ma vingtaine, j’en ai eu, des one-night. Mais Pour une histoire d’un soir a peut-être eu un impact sur la sexualité d’une génération de femmes au Québec », explique-t-elle.

Des SOS entendus

L’année 1988 n’a pas seulement vu la sortie de Pour une histoire d’un soir. Marie Denise Pelletier y lançait également son célébrissime Tous les cris les SOS. Encore à ce jour, la chanteuse continue de recevoir de nombreux témoignages particulièrement émotifs de gens qui lui confient avoir été très touchés par cette chanson.

« Tous les cris les SOS parle de la détresse humaine, de quelqu’un qui veut mourir, mais se raccroche à la vie. Ça a rejoint beaucoup de gens. À l’époque, je recevais par la poste des lettres de fans qui me disaient que la chanson les avait sauvés alors qu’ils voulaient se suicider. C’est une de mes chansons qui a eu le plus grand impact », confie-t-elle.