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Investissement Québec, cancre de la performance

L’organisme fait piètre figure lorsque comparé à la Banque de développement du Canada et au Fonds FTQ

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Investissement Québec, moteur économique de la province ? L’organisme est pourtant l’un des investisseurs institutionnels les moins performants du Québec, démontre une analyse du Journal.

Photos Pierre-Paul Poulin et courtoisie

Le Fonds de solidarité FTQ, Investissement Québec (IQ) et la Banque de développement du Canada (BDC) n’ont pas exactement le même mandat, mais partagent l’objectif de générer un fort rendement pour leurs actionnaires tout en contribuant à l’essor économique des entreprises d’ici.

Or, de ces trois géants, IQ est de loin celui qui offre la pire performance, tout en possédant l’une des structures les plus lourdes.

Blâmé il y a deux ans dans un rapport accablant de la vérificatrice générale, IQ n’est pas parvenu à hisser son rendement au-delà de la barre des 4,7 % de 2012 à 2017. À l’époque, la VG avait aussi déploré une confusion entre les rôles financier et politique d’IQ.

Le rendement moyen d’IQ a été de 3,1 % pendant cette période, alors que la BDC enregistrait une performance de 10,6 %, et le Fonds FTQ, de 7,2 %. Ainsi, chaque tranche de 100 $ placée dans ces organismes vaudrait aujourd’hui 120 $ pour IQ, 151 $ pour le Fonds FTQ et 183 $ pour BDC. Une différence de taille.

En 2015-2016, IQ a réalisé un rendement de 2,42 %. La vérificatrice générale avait alors souligné que ce rendement était nettement inférieur au taux d’intérêt que paie Québec sur sa dette. En d’autres mots, qu’IQ coûte plus cher à financer qu’il ne rapporte d’argent.

IQ a bel et bien eu un rendement de 7,2 % en 2016-2017, mais celui-ci aurait été de 4,7 %, n’eût été d’éléments non récurrents, précise le rapport annuel de la société.

Mince consolation : le rapport annuel publié la semaine dernière démontre que le rendement des capitaux propres s’est établi à 8,2 milliards $ lors de l’année financière 2017-2018. Une première depuis qu’IQ a fusionné avec la Société générale de financement, en 2011.

« Pour y arriver, la société a réalisé 1456 interventions financières en 2017-2018, une hausse de 16,9 % par rapport à l’exercice précédent. La valeur des interventions engageant ses fonds propres a représenté un engagement financier de 1,1 milliard $, de 18,0 % supérieur à la marque de 2016-2017 », souligne la porte-parole Isabelle Fontaine.

Lourde bureaucratie

L’organisme gère des actifs de 3,9 milliards $ en capitaux propres, contre 29 milliards $ pour la BDC et 13,7 milliards $ pour le Fonds FTQ.

Quand on tient compte de tous les autres programmes administrés au nom du gouvernement du Québec (ESSOR, Créativité Québec, Programme d’appui au développement des attraits touristiques, etc.), les actifs d’IQ atteignent 11 milliards.

IQ compte presque autant d’employés que le Fonds FTQ et une haute direction encore plus nombreuse.

Pour le professeur de finance Mario Lavallée de l’Université de Sherbrooke, les missions différentes de ces organismes expliquent ces écarts en partie, mais pas totalement.

« La différence de rendement est importante. Comme contribuable, je suis actionnaire à la fois d’IQ et de la BDC. Je préférerais un rendement supérieur [d’IQ]. Mais peut-être que ça viendrait avec un impact plus faible au niveau du développement économique.

« IQ est certainement plus près du gouvernement, il y a plus de pressions politiques pour certains dossiers, la BDC et le Fonds FTQ n’ont pas ça. »

Président-directeur général de l’Institut économique de Montréal, Michel Kelly-Gagnon va plus loin. « Les politiciens et fonctionnaires ne devraient pas jouer aux investisseurs avec l’argent des contribuables », conclut-il.