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Je boycotte les États-Unis

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Dans les heures qui ont suivi l’attaque de Donald Trump contre Justin Trudeau à la suite du G7 — et sa promesse de « faire payer le peuple canadien » — un mouvement de boycottage des produits américains a pris forme sur les réseaux sociaux. On a vu apparaître les hashtags #AcheterCanadien #BuyCanadian.

Je crois peu aux boycottages. Cette médecine économique fait plus de tort au peuple qu’aux dirigeants visés. Quand Sodastream a fermé son usine en Cisjordanie à cause du boycottage d’Israël, le mouvement BDS, 500 Palestiniens ont perdu leur emploi.

Une baisse des ventes d’oranges de Floride ou des réservations à Cape Cod fera surtout mal aux travailleurs locaux. Mais la colère que suscitent les tendances autoritaires croissantes du président américain incite à faire quelque chose.

Pas de voyage

Moi qui adore les États-Unis, je n’ai plus envie d’y mettre les pieds. Je n’en reviens pas de la tolérance à la haine qui émerge de partout. Comme la lave qui se déverse des fissures dans le sol du volcan Kilauea à Hawaii.

Au-delà du conflit Canada-USA, j’ai atteint ce week-end mon point de saturation. Je suis dégoûtée, horrifiée, chavirée par ces images d’enfants qu’on arrache à leurs parents pour les incarcérer à des milliers de kilomètres de la prison où papa, maman seront détenus. On ne leur dit pas où leurs petits vont atterrir, mais on leur donne un numéro de téléphone pour les localiser.

Je crois que l’immigration illégale doit être endiguée. Je crois aux frontières et aux nations. Mais séparer parents et enfants dans le but avoué de mettre de la pression sur les démocrates pour qu’ils acceptent une réforme radicale de l’immigration, incluant le financement du mur avec le Mexique, constitue un acte de cruauté indicible.

Il n’y a pas que les illégaux qui sont visés : les véritables demandeurs d’asile qui se présentent aux postes-frontière sont aussi séparés de leurs enfants.

Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, un raciste avéré, a défendu cette politique en citant un verset de la Bible qui rappelle qu’on doit obéir au gouvernement parce que Dieu l’a ordonné pour faire régner l’ordre.

C’est à peine croyable.

Brutal et cruel

Rien n’excuse de mentir à un parent en lui disant que fiston sera parti quelques minutes, le temps de prendre une douche, alors qu’on sait pertinemment qu’ils ne se reverront pas avant six mois ou même deux ans, quand papa, maman sortiront de prison pour... entrée illégale.

Des milliers d’enfants sont incarcérés, dont 1400 garçons dans un Wal-Mart abandonné au Texas. Dans certains États, quand un enfant pleure, les travailleurs sociaux ne peuvent pas le réconforter. C’est interdit. Sur les murs de certains établissements, on voit des murales de Donald Trump.

Comme dans les dictatures.

Hier, en faisant mon marché, j’ai évité les produits « made in USA ». On ne va pas manger beaucoup de fruits et de légumes cette semaine. Des citrons du Honduras, des tomates du Québec et des fraises de l’Ontario.

Ça ne change rien, ou si peu, mais je me sens moins complice.