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Un balai dans le troufignon

Rabbi Jacob
Photo d'archives On ne pourrait plus sortir Rabbi Jacob aujourd’hui…

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Hier, je vous parlais de ces adeptes de la bien-pensance qui voudraient censurer les films de James Bond sous prétexte que l’agent 007 est un gros macho fini.

Mais combien d’autres films qui ont marqué notre jeunesse ne pourraient plus être tournés aujourd’hui ?

PROPRE ET ASEPTISÉ

Je pense entre autres aux Aventures de Rabbi Jacob avec Louis de Funès.

Combien de fois l’ai-je vu ! Rire jusqu’à manquer d’air.

Or, ce chef-d’œuvre du cinéma comique ne pourrait jamais voir le jour en ces temps de repli communautaire et de rectitude politique.

On l’accuserait d’être islamophobe. Et antisémite.

Imaginez : un Français de souche hyper raciste qui se déguise en rabbin avec une longue barbe et des rouflaquettes !

Et qui se fait menacer par des Palestiniens terroristes !

Oubliez ça. Aucun producteur n’investirait dans un truc pareil. Il faudrait installer des détecteurs de métal dans les cinémas.

D’ailleurs, Danièle Thomson, la fille du réalisateur Gérard Oury, travaille actuellement à une suite aux Aventures de Rabbi Jacob.

Et dans les entrevues qu’elle a accordées sur le sujet, elle a avoué que sa comédie (qui racontera les aventures des petits-enfants de Victor Pivert, le personnage joué par de Funès) tiendra compte de l’évolution des mentalités et des susceptibilités du temps.

En d’autres mots : on va refaire Rabbi Jacob sans l’esprit anarchique et décapant de Rabbi Jacob.

Un Rabbi Jacob aseptisé et consensuel.

Qui se terminera par une petite morale bien propre.

Comme si on voulait « réparer » l’outrage commis par le film original.

D’ailleurs, le personnage principal ne sera pas un rabbin, mais une rabbine.

LES PETITS CURÉS

Et que dire de La Cage aux folles ?

Nous avons tous hurlé de rire en regardant Renato et Albin se déhancher sur leurs talons hauts.

Aujourd’hui, ce film serait considéré comme homophobe, transphobe, queerphobe, etc.

Cœur de pirate partirait une pétition pour le retirer des écrans.

Or, à l’époque, cette farce était adorée par la communauté gaie !

Pas étonnant : oui, elle se moquait des travers de certains homosexuels particulièrement efféminés, mais elle dénonçait surtout l’hypocrisie des gardiens de l’ordre moral !

Dans les années 1970, l’ordre moral, c’était le député hyper conservateur Simon Charrier (Michel Galabru), un bourgeois coincé qui détestait les gais et les artistes.

Aujourd’hui, l’ordre moral, ce sont les soldats de la justice morale qui voudraient rétablir la censure au nom des idéaux gauchistes.

Ce sont eux les nouveaux curés !

Qui nous font suer avec leur bréviaire et leurs sermons !

Qui font le tour des salles de cinéma et des bibliothèques à la recherche d’œuvres susceptibles d’être mises à l’index !

LE TEMPS PASSE

Bien oui, ces films ne sont plus raccord avec la sensibilité d’aujourd’hui.

Et alors ?

Ce sont les témoins d’une époque ! Ils incarnent ce que nous avons été !

Brûlez-vous vos vieilles photos sous prétexte que les vêtements que vous portiez quand vous aviez 15 ans sont démodés ?

Et savez-vous quoi ?

Dans 30 ans, on va regarder les films bien-pensants que nous produisons aujourd’hui et on va se dire : « Ouf, que ces fables gnangnans sur le vivre-ensemble ont mal vieilli ! »

Ça s’appelle : la vie.