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À mes élèves finissants

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En cette fin d’année scolaire, je me permets de vous partager ce mot que j’ai dédié à la cohorte de finissants parmi lesquels j’eus plusieurs élèves en secondaire quatre, l’an dernier. 

Comme enseignant, c’est selon moi l’un des plus grands privilèges que l’on peut avoir que de s’adresser ainsi, comme invité d’honneur, à des élèves terminant leur secondaire. L’émotion est intense. Le moment, solennel, se doit d’être significatif. Face à tous ces jeunes que l’on a appréciés, qui s’émanciperont, et que l’on ne reverra probablement jamais, on souhaite être à la hauteur. En publiant ce discours, je souhaite ainsi, du coup, leur laisser ce modeste souvenir, et les saluer une dernière fois*.
 
Il me semblait, chers lecteurs, que cela pourrait en intéresser parmi vous, et peut-être vous permettre de vivre – ou revivre – un peu des émotions de cet événement unique. 
C’est à tout le moins un aspect de mon travail que je voulais vous partager. L’un des plus beaux, des plus riches, des plus intenses.
 
 
La fortune sourit aux audacieux.
 
Non pas cette fortune faite de cette richesse abrutissante d’argent et de matériel accumulés pour mieux recueillir la poussière. Pas celle-là.
 
Plutôt celle dont la langue anglaise a conservé le sens. La bonne fortune. La chance.
 
Vous pouvez donc faire votre propre chance, et profiter de votre extraordinaire potentiel. À condition d’oser. De faire preuve d’audace. D’avoir confiance en vous, et en votre avenir. Car si votre audace ne rapporte pas ce que vous souhaitiez, elle vous apportera néanmoins l’expérience, l’humilité et, si vous savez apprendre de vos erreurs, un peu plus de sagesse. 
 
L’audace précède souvent la fierté. Non pas l’orgueil, mais bien la fierté. Celle d’avoir essayé, et persévéré. Car vous avez compris que qui ne risque rien n’a rien, qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Chaque accomplissement est alors le vôtre et vous approche un peu plus de vous-même, de la meilleure personne que vous aspirez à devenir, parfois ouvertement, souvent secrètement. 
 
J’ai alors envie d’intervenir, humblement, et de vous dire : Ne vous sous-estimez pas. 
On vous sous-estime déjà trop souvent, mais ce n’est jamais aussi grave que de vous sous-estimer vous-même. Et face à ceux qui vous regardent de haut, laissez-leur l’erreur de leur condescendance, et gardez pour vous l’effet de surprise.  
 
Ceci dit,  prenez garde : et n’oubliez jamais que l’on cesse de mériter quelque chose le jour où on le tient pour acquis. On perd un talent, une amitié, un amour lorsqu’on ne lui consacre plus d’efforts, de temps.
 
C’est important, car votre vie n’ira pas en se simplifiant, vous l’avez déjà remarqué, et entre les tumultes qui vous envelopperont à l’occasion – il n’en manquera pas –  vous devrez aussi apprendre à apprécier le calme propice à l’introspection. Dans ce monde de connexions dont nous dépendrons de plus en plus, je ne peux trop vous conseiller de prendre tout le recul dont vous avez besoin pour mieux vous retrouver afin de faire les meilleures choix possible, en vous souvenant qu’ils ne feront pas toujours partie de ceux que l’on vous propose.  
 
Prenez le temps. Prenez-le. Et profitez-en avec ceux que vous aimez. La véritable richesse est là : on ne court pas après. Elle est dans ces moments que l’on savoure et qui n’ont pas de prix, qui sont accessibles à qui prend le temps de les apprécier. Faites l’effort de vous en souvenir alors que le rythme de votre vie s’accélèrera sans même que vous vous en rendiez compte.
 
Ne négligez ni le potentiel de vos réflexions, ni la force de vos émotions. Laissez votre cœur  inspirer votre raison, et votre raison nuancer votre cœur. Osez vous exprimer, ne laissez pas se gaspiller les bonnes idées et les bons sentiments. 
 
Restez vrais, soyez bons, soyez justes, et vous serez toujours beaux aux yeux de ceux qui mériteront votre affection. 
 
Pour ma part, j’ai souhaité dans la mesure du possible être un modèle pour vous. Comme un enseignant je crois se doit de l’être. 
 
Vous serez à votre tour, un jour, des modèles, si vous ne l’êtes pas déjà. Car je peux d’ores-et-déjà vous dire que beaucoup parmi vous pourraient servir de modèle à l’enfant que j’aurai. Vous m’avez inspiré.
 
Ainsi, au fond, c’est à moi de vous dire la chance que j’ai eue de vous connaître.
 
 
* Bon, ok, je serai au bal... mais le salut vaudra toujours dans quelques années.