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La tuberculose se propage au Nord

Les Inuits sont aux prises avec cette maladie qui avait pourtant été presque éradiquée

Meurtre Chloé Labrie
Photo Claudia Berthiaume Le maire de Kuujjuaq, Tunu Napartuk, devant l’hôpital de son village, n’en revient pas du retour en force de la tuberculose.

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Pas moins de 18 nouveaux cas de tuberculose ont été déclarés depuis le début de l’année au Nunavik, alors que la maladie est presque absente du reste du Québec. Les Inuits ont de 100 à 300 fois plus de chances d’être atteints que le reste de la province.

La tuberculose a beau sembler provenir d’une autre époque, elle n’a jamais été complètement enrayée du territoire inuit. Elle est en recrudescence depuis maintenant 10 ans. C’est 344 cas qui ont été déclarés depuis 2008, dont 18 depuis le début de cette année.

« Le virus n’est malheureusement pas vraiment en perte de vitesse », dit la Dre Marie Rochette, coordonnatrice en maladies infectieuses à la Direction de la santé publique du Nunavik.

La tuberculose peut être extrêmement souffrante. La personne a des douleurs thoraciques, en arrive parfois à cracher du sang et développe une forte fièvre. Le traitement aux antibiotiques dure six mois, au début desquels les personnes atteintes sont hospitalisées dans des chambres à pression négative pendant environ deux semaines.

Marie Rochette<br>
<i>Médecin</i>
Photo courtoisie
Marie Rochette
Médecin

Un nouveau cas

Un nouveau cas a été répertorié il y a une dizaine de jours, dans la communauté de Kangiqsujuaq, selon le maire Charlie Arngak.

« Souvent, on dirait qu’il y en a moins, et après, ça remonte. Ça fait peur. Je crains qu’il y ait encore plus de cas à venir », dit le maire.

La tuberculose se transmet entre autres par l’inhalation de gouttelettes de salive contaminées en suspension dans l’air, souvent après une exposition de plusieurs heures avec quelqu’un de contagieux.

Les conditions de vie des Inuits sont favorables à la transmission du virus. Les maisons surpeuplées et peu ventilées ainsi que la malnutrition font partie du problème.

Un décès a été confirmé en 2017. Il s’agissait d’un homme de 21 ans. Les nouvelles éclosions touchent surtout les moins de 35 ans.

« Aussitôt que ça frappe un jeune, on est à l’affût. Ils interagissent beaucoup entre eux, et cela influence la transmission », dit Françoise Bouchard, Directrice de santé publique, à la Régie régionale de santé et de services sociaux du Nunavik.

Vaccin réintroduit

Le vaccin contre l’infection a été réintroduit dans 6 des 14 municipalités inuites, qui ont eu plus de cas. Il est donné aux enfants de moins de deux ans et protège contre les formes les plus virulentes de l’infection.

Avant de développer la tuberculose, les gens peuvent avoir l’infection dans sa forme latente, pendant des mois, voire des années. À ce moment, la personne n’est pas contagieuse.

Les directions de village du Nunavik font beaucoup de sensibilisation pour inciter les gens atteints d’une tuberculose latente à se soigner, et ce, même s’ils n’ont pas encore développé la maladie, qui ne devient contagieuse qu’à l’apparition de symptômes.

Refus de traitement

« Je me dois d’être optimiste. Mais c’est une maladie que tout le monde croyait disparue et elle est revenue. C’est assez extraordinaire qu’en 2018, la tuberculose affecte encore notre quotidien », dit le maire de Kuujjuaq Tunu Napartuk.

De 30 à 40 % des gens diagnostiqués avec une tuberculose latente refusent les traitements par antibiotiques, qui doivent durer 4 ou 9 mois.

Contrairement à la maladie active, la tuberculose latente n’est pas à traitement ou à déclaration obligatoire.

Les personnes atteintes de la forme latente ont 20 % de risque qu’elle se développe de façon active.


Les Inuits plus à risque

► 2017

Inuits

  • 1 cas sur 412 citoyens

Québec

  • 1 cas sur 39 622 citoyens (incluant les Inuits)

► 2008

Inuits

  • 1 cas sur 629 citoyens

Québec

  • 1 cas sur 34 854 citoyens

Pourquoi maintenant ?

La Direction de la santé publique n’a pas de réponse pour expliquer pourquoi la tuberculose revient à ce moment-ci chez les Inuits.

Personne ne comprend pour quelle raison la tuberculose, qui était presque disparue du Nord dans les années 1990, a commencé à réapparaître dans les années 2010.

« Les conditions difficiles, ce n’est pas nouveau pour la population inuite.

«De vivre dans des logements trop petits pour eux, ou encore la consommation de tabac, ça existait il y a 10 ou 20 ans.

«Il y a vraiment quelque chose qui est difficile à expliquer et c’est la même question qui se pose pour les autres régions inuites », dit la Dre Marie Rochette.

Dans le reste du pays

Des cas de tuberculose ont aussi été répertoriés dans le nord du reste du pays, tant dans les provinces à l’Ouest que du côté du Labrador.

Le gouvernement Trudeau a annoncé en mars une somme de 27,5 millions $ pour enrayer la tuberculose de toutes les régions polaires du Canada d’ici 2030, avec une baisse de 50 % des cas d’ici 2025.

Les gouvernements provinciaux, fédéraux et les régions inuites sont actuellement à préparer un nouveau plan d’action concerté, à présenter d’ici mars 2019.