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Dans mon livre à moi

Lionel Shriver
Photo Courtoisie Lionel Shriver

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Avez-vous déjà choisi vos lectures estivales ?

J’ai une question pour vous... Allez-vous choisir vos livres d’été en vous demandant si l’auteur est une femme, un membre de minorité visible, un homosexuel, un transgenre, une personne handicapée, un auteur issu d’un milieu pauvre ?

Non ? C’est bien ce que je pensais. Vous vous en fichez de la couleur de la peau de l’auteur, qu’il soit bi, non binaire, queer ou asexué, qu’il ou elle vienne de Verdun ou de Sillery ou de Pluton, du moment que le livre est bon. Alors, lisez ce qui suit, ça risque de vous donner une insolation.

IVRE DE VERTU

En Angleterre, l’auteure Lionel Shriver se fait lancer des insultes depuis qu’elle a osé remettre en question la politique de « diversité » de la maison d’édition Penguin Random House.

Shriver, qui est l’auteure de l’excellent We need to talk about Kevin, a osé écrire que les auteurs devaient être jugés selon leur talent... et rien d’autre.

Elle a critiqué la nouvelle politique de Penguin Random House qui affirme que d’ici 2025, tant leurs employés que leurs auteurs devront représenter la population, en pourcentage de personnes handicapées, de minorité visible, de membres de la communauté LGBTQ et d’origine socio-économique.

Affirmant que la maison d’édition était « ivre de vertu », Shriver a écrit qu’il n’est pas exclu que « si un agent soumet un manuscrit écrit par une personne transgenre, gaie, originaire des Caraïbes, qui a quitté l’école à sept ans et se déplace en ville en chaise roulante, ce livre soit publié, peu importe si c’est une pile de papier bon pour le recyclage, incohérent, ennuyant et tortueux ».

Ho la la. Elle s’est fait traiter de raciste, homophobe, transphobe, capacitiste (qui fait de la discrimination envers les personnes handicapées) et classiste (qui discrimine selon l’origine sociale).

Elle s’est fait, bien sûr, lyncher par la meute sur les réseaux sociaux.

Et, comble de l’ironie, elle s’est fait mettre à la porte d’un jury littéraire qui remet des prix... aux femmes.

Shriver n’est pas contre la diversité : elle est contre la diversité imposée, forcée.

Contre les quotas. Elle ne dit pas que les gens issus de « minorités » sont moins talentueux. Elle dit que le talent se fiche de votre ADN, de votre biographie ou de vos activités au lit.

On devrait considérer les auteurs pour ce qu’ils écrivent et non pour ce qu’ils sont.

On ne lit pas Dany Laferrière parce qu’il est noir, Kim Thuy parce qu’elle est une femme asiatique qui a connu la misère dans les camps de réfugiés, Arlette Cousture parce qu’elle souffre de la sclérose en plaques, Michel Tremblay parce qu’il aime les hommes. La diversité, elle est déjà là.

Célébrons-la, mais ne faisons jamais en sorte que ce soit le critère qui a préséance sur le talent.

TROP DE FEMMES ?

Une petite ironie, en terminant.

Si vous connaissez un peu le milieu de l’édition, vous savez qu’il est majoritairement composé de femmes. Alors si on veut absolument que le milieu de l’édition reflète la société, cela signifie-t-il qu’il faut mettre à la porte les trop nombreuses femmes qui y travaillent, pour s’assurer que 50 % des employés soient des hommes ?