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L’Ordre des pharmaciens veut se débarrasser de la malbouffe

Des pharmacies québécoises ont déjà pris le virage santé et banni certains produits

« On a vraiment voulu faire la pharmacie de nos rêves, dit Judith Savoie, copropriétaire du Familiprix de Nicolet. Comme pharmacienne, je soigne les gens, alors je trouvais ça vraiment contradictoire de vendre des produits qui ne sont pas en lien avec ma profession. »
Photo Andréanne Lemire « On a vraiment voulu faire la pharmacie de nos rêves, dit Judith Savoie, copropriétaire du Familiprix de Nicolet. Comme pharmacienne, je soigne les gens, alors je trouvais ça vraiment contradictoire de vendre des produits qui ne sont pas en lien avec ma profession. »

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Alors que les pharmacies ressemblent de plus en plus à des supermarchés, l’Ordre des pharmaciens du Québec lance un pavé dans la mare en invitant ses membres à cesser la vente de malbouffe dans leurs commerces.

« On estime qu’il s’agit d’une incohérence qui devrait être corrigée avec le temps. Ceux qui font des pas dans ce sens-là, on les salue et on les encourage », affirme le président de l’Ordre, Bertrand Bolduc.

L’organisme reconnaît que son champ d’intervention se limite en principe à la vente de médicaments.

Mais dans un énoncé qu’il vient de publier, l’organisme soutient « qu’il est de son devoir sociétal d’encourager ses membres à engager une réflexion lorsque certaines décisions peuvent paraître contradictoires avec leur mandat de promotion des saines habitudes de vie ».

Deux professeures de droit de l’Université de Sherbrooke, Mélanie Bourassa Forcier et Marie-Ève Couture Ménard, souhaitent que l’Ordre soit encore plus directif.

Elles notent que le Code des professions interdit aux professionnels d’exercer un commerce « incompatible avec l’honneur, la dignité ou l’exercice » de leur profession.

Un rayon de produits de malbouffe photographié dans une pharmacie de Laval.
Photo Martin Chevalier
Un rayon de produits de malbouffe photographié dans une pharmacie de Laval.

Silence des chaînes

Quoi qu’il en soit, la sortie de l’Ordre suscite un malaise évident dans l’industrie.

Tant chez Jean Coutu, qui appartient depuis peu à Metro, que chez Pharmaprix, propriété de Loblaws, on a refusé de commenter hier.

À l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires et à l’Association des chaînes de pharmacies, on assure qu’on n’est pas contre l’idée d’offrir des aliments plus sains, mais on prie l’Ordre de respecter les « modèles d’affaires » des poids lourds du commerce de détail.

Pour ces derniers, la question n’est pas anodine. Selon la firme Nielsen, les produits alimentaires représentent désormais 20 % des ventes des pharmacies canadiennes.

Certains pharmaciens ont déjà pris le virage. Dans les Familiprix de Nicolet et de Cowansville, on ne retrouve pas de confiseries, de croustilles, de boissons sucrées, ni même de cosmétiques ou de détergents chimiques.

« C’est un peu ironique de vendre un médicament pour le cholestérol et d’avoir des chips en spécial à la caisse. J’étais mal à l’aise de tirer des revenus de ça », souligne Judith Savoie, pharmacienne copropriétaire du Familiprix de Nicolet.

Des services pour compenser

Pour compenser la perte des revenus provenant des produits non reliés à la santé, la pharmacie a étendu ses services professionnels avec la présence sur place d’infirmières, d’une nutritionniste et même, à l’occasion, d’une inhalothérapeute.

« J’ai quelques patients qui sont partis, mais il y en a d’autres qui sont arrivés », note Mme Savoie. Selon elle, ce n’est qu’une question de temps avant que toutes les pharmacies se débarrassent de la malbouffe, comme elles l’ont fait pour le tabac dans le passé.