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Il faudra peut-être avaler des couleuvres

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Pour l’instant, la reconnaissance des Autochtones n’a guère soulevé de grogne dans notre monde culturel. De toute façon, en cette ère de rectitude politique, même les plus grincheux se taisent. Mais ce n’est que le début de la prise de parole et de pouvoir des Autochtones.

Les Autochtones, on en parle, mais on en fait assez peu. Combien d’entre nous se souviennent qu’en 1996, l’ancien gouverneur général Roméo Leblanc a proclamé le 21 juin « Journée nationale des Autochtones » ? Cette journée qui doit célébrer les Premières Nations, les Inuit et les Métis n’a jamais fait beaucoup de vagues.

Pas besoin d’être devin pour imaginer que les Autochtones auront sûrement beaucoup plus de mal que les femmes à faire leur place. Même dans notre monde culturel qui croit être plus ouvert que les autres.

En début de semaine, à la première réunion du Conseil culturel de l’Europe tenue à Montréal (le Canada fait maintenant partie du conseil), Téléfilm s’est pété les bretelles – et avec raison – à propos du succès de sa politique sur la parité homme/femme. De tous les films que Téléfilm a financés durant l’exercice 2017-2018, 44 % sont réalisés par des femmes et 48 % sont produits par des femmes. Les femmes ont aussi écrit 46 % des scénarios.

Promesse tenue

Seul bémol, les femmes sont moins nombreuses que les hommes dans la production de films dont les budgets dépassent 2,5 millions $. À moins d’une catastrophe, Téléfilm et l’ONF atteindront facilement la parité homme/femme dès 2020, comme ils l’avaient promis.

Depuis son élection, le gouvernement de Justin Trudeau a beaucoup parlé de la reconnaissance des droits des Autochtones, du respect des traités qui ont été signés et de la nécessité de bâtir avec eux de nouvelles relations. Jusqu’à maintenant, ces belles paroles ont donné lieu à très peu d’actions concrètes.

Un nouveau bureau

L’an dernier, à peu près à la même date, Mélanie Joly, ministre du Patrimoine, a annoncé à Banff la création d’un Bureau des productions audiovisuelles autochtones. Le Bureau est une responsabilité conjointe de Téléfilm, de l’ONF, de Radio-Canada, du Fonds des médias du Canada et de RTPA, le Réseau de télévision des peuples autochtones.

En janvier, Jesse Wente, un Ojibwé né à Chicago et éduqué à l’Université de Toronto, a été nommé chef de ce bureau. À terme, il pourrait devenir pour les Autochtones ce que sont pour les autres Canadiens Téléfilm, l’ONF et le Fonds des médias combinés. Mais on en est loin et c’est une très grosse commande pour Wente qui, pour l’instant, est seul à la direction du nouveau-né.

L’ONF est exemplaire

Malgré tout le mal qu’on en dit parfois, l’Office national du film (ONF) est sûrement l’organisme qui a pris le plus au sérieux la situation des Autochtones. Dans la première année de son plan triennal pour redéfinir nos relations avec eux, l’ONF leur a consacré 10 % de ses dépenses globales de production. Elles augmenteront à 15 % l’an prochain. L’ONF a aussi créé un portail spécifique pour le cinéma autochtone et un programme d’apprentissage à l’intention des jeunes.

Des initiatives louables, mais qui ne sont pas sous le contrôle des Autochtones. Le jour viendra où il faudra bien leur donner plein contrôle, accompagné du financement nécessaire. C’est alors que notre monde culturel pourrait devoir avaler des couleuvres qui risquent d’être indigestes.