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Les salaires des cadres explosent chez Investissement Québec

Le nombre de gestionnaires a augmenté de 73% au cours des 12 derniers mois

investissement Quebec
Photo d’archives, Simon Clark Le PGD Pierre Gabriel Côté, photographié ici en commission parlementaire, l’automne dernier, mène la « transformation » d’Investissement Québec. Elle passe par de nouvelles embauches, comme celle de Marie Zakaïb.

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Alors que son rendement a fléchi, la masse salariale des gestionnaires d’Investissement Québec (IQ) a augmenté de 55 % en un an, indiquent des documents publiés par la société d’État sur son site internet.

Ces résultats d’une demande d’accès montrent que les salaires versés à ses cadres ont totalisé 14,3 millions $, en 2017-18. L’année précédente, la masse salariale des gestionnaires d’IQ était de 9,2 millions $.

Les «avantages» en croissance

En plus des salaires, une somme de 1,8 million $, en hausse de 63 % sur un an, a été dépensée pour offrir aux cadres des avantages divers tels que «stationnement, assurances, abonnement à une clinique médicale privée, fonds de pension», indiquent les documents.

L’augmentation des dépenses en salaires et avantages s’est produite alors que le nombre de cadres d’IQ est passé de 51, en 2016-17, à 88, en 2017-18, soit une hausse de 73 %.

Durant cette période, le nombre de professionnels, juristes, techniciens et employés administratifs a progressé de seulement 3 %, pour atteindre 427 personnes.

Ces chiffres permettent de constater qu’en 2017-18, IQ comptait un cadre pour cinq employés.

Dans les documents publiés sur son site internet, IQ affirme que malgré le bond de la masse salariale totale de ses gestionnaires, leur salaire moyen a baissé, passant de 179 340 $ à 162 880 $, l’an dernier.

«Joueur-entraîneur»

Dans son plus récent rapport annuel, IQ explique que la hausse du nombre de cadres s’inscrit dans une stratégie visant à «assurer une meilleure expérience client et une plus grande présence sur le terrain».

«La société a recruté des gestionnaires de talent qui participent au développement des affaires et accompagnent également leurs équipes dans leur développement en assumant un rôle “joueur-entraîneur”», indique le document.

Selon IQ, même avec un taux d’un cadre pour cinq employés, la société d’État maintient «un ratio de gestion inférieur à celui des organisations comparables».

Raisonnable

En mai dernier, dans une entrevue à notre Bureau d’enquête, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, jugeait que le ratio d’encadrement n’était «absolument pas déraisonnable».

«Pour obtenir des résultats satisfaisants, d’un point de vue gestion, il faut s’assurer que chaque employé soit bien encadré. Avant, le ratio ne le permettait pas.»

Mme Anglade estimait toutefois que le nombre de cadres était maintenant suffisant.

«Je pense qu’on est pas mal rendu là où ça devrait être», avait-elle dit.

L’an dernier, le rendement des capitaux propres du bras financier du gouvernement a baissé légèrement, à 5,3 %. Il s’élevait à 5,5 % en 2016-17.


LES CINQ DIRIGEANTS LES MIEUX RÉMUNÉRÉS* D’IQ

  • Pierre Gabriel Côté, Président-directeur général : 523 102 $
  • Yves Bourque Vice-président, Gestion des risques 396 261 $
  • Sylvie Pinsonnault Vice-présidente, Initiatives stratégiques et conseils au Comité de direction : 358 613 $
  • Alexandre Sieber Premier vice-président, Services financiers aux entreprises et stratégies clients : 336 227 $
  • Marie Zakaïb Vice-présidente, Talents, culture et communications organisationnelles : 312 917 $
  • *Montant total incluant salaire, rémunération variable et autres avantages (source : rapport annuel 2017-18)

Une vice-présidente d’IQ reçoit une prime d’entrée en fonction de 25 000 $

Investissement Québec (IQ) a offert l’an dernier un «boni d’entrée» de 25 000 $ à une nouvelle vice-présidente, indique le rapport annuel de la société d’État.

Cette somme a été versée à Marie Zakaïb après sa nomination, en mars 2017, au poste de vice-présidente aux talents, à la culture et aux communications organisationnelles.

Isabelle Fontaine, directrice principale des affaires publiques, a indiqué que ce type d’incitatif «peut être versé à la signature d’un contrat de travail liant un candidat à la société».

«Il fait partie de l’offre faite pour attirer des individus compétents – comme Mme Zakaïb – à des postes stratégiques au sein de l’organisation », a-t-elle répondu dans un courriel.

IQ n’a pas précisé si d’autres employés ou cadres ont déjà bénéficié d’une prime d’entrée dans le passé.

«Le boni de signature est discrétionnaire et approuvé par le conseil d’administration», a indiqué Mme Fontaine.

«Décision interne»

Le cabinet de la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, n’a pas voulu commenter cette décision.

«Il s’agit d’une décision interne d’Investissement Québec», a dit l’attachée de presse Kim Désert.

Questionnés à ce sujet, des représentants de Loto-Québec, d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec ont indiqué que leur société d’État n’offre pas de bonis d’entrée à ses employés.

La Société des alcools du Québec (SAQ) n’a pas été en mesure de répondre, nous suggérant de «faire une demande d’accès à l’information sur le sujet».

Professeur à l’École nationale d’administration publique, Jacques Bourgault a estimé que cette prime «ne serait pas déraisonnable dans une société d’État formée pour agir commercialement ou en situation de compétition».

«Il faut vraiment que le candidat en vaille la peine», a-t-il cependant prévenu.