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Bravo Serge Postigo!

Serge Postigo
Photo Chantal Poirier Serge Postigo

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On a, au Québec, un metteur en scène qui a un talent fou pour monter des productions qui ont l’air d’avoir coûté des millions... pour une fraction du prix.

Ce metteur en scène, c’est Serge Postigo, qui nous épate chaque année et qui s’est surpassé avec Fame. Cet homme a une imagination débordante. Ce serait bien que son talent soit reconnu haut et fort.

Viser haut et loin

À la première de Fame, mercredi, j’ai croisé René Simard qui, l’année dernière, jouait dans Mary Poppins, sous la direction de Postigo.

René Simard se disait impressionné que Postigo ait signé (une fois de plus) la traduction et l’adaptation des chansons. « Je ne sais pas où il va chercher toute cette énergie », m’a dit René, qui est pourtant lui-même une bête de scène.

Serge Postigo a signé une mise en scène éclatée, avec de superbes projections sur le fond de la scène qui sont parfois hyper réalistes, parfois hyper poétiques.

Il exploite au maximum les possibilités scéniques (comme il l’avait fait avec Mary Poppins qui volait dans les airs l’année dernière).

Il est ambitieux et vise haut et loin. On sent qu’il a poussé toute la troupe à donner son 110 %.

Ce n’est pas un hasard si le thème qui revient le plus souvent dans Fame, c’est qu’il faut travailler dur pour réussir dans ce métier-là (musique, théâtre, danse).

Les professeurs sont exigeants, parfois durs avec les étudiants (bonjour Gilbert Sicotte), la barre est haute et on encourage l’ambition, le dépassement de soi.

Une chose est sûre : c’est une leçon que Serge Postigo a appliquée à lui-même et à son équipe.

Vous rappelez-vous quand Postigo avait créé la controverse avec ses auditions ouvertes ? Trois ans plus tard, ses détracteurs n’ont plus un mot à dire : il a réussi à faire éclore de nouveaux talents insoupçonnés.

Je n’ai qu’une crainte face à Fame : il va sûrement y avoir des Policiers de la Rectitude Politique qui vont se demander pourquoi les rôles d’un Portoricain, d’un juif ou d’une latino sont joués par des comédiens qui, eux, ne le sont pas. Personnellement, ça ne m’a pas fait un pli. Surtout qu’il n’y a pas de maquillage outrancier.

Mais en cette ère de dénonciation de l’appropriation culturelle, où la moindre perruque provoque des crises d’urticaire, les petits curés sont vites sur la gâchette.

Les nouveaux censeurs

J’ai lu, dans une critique du spectacle, que Postigo aurait dû couper une scène au cours de laquelle un des jeunes étudiants chante Can’t keep it down. Dans cette chanson comique, avec des références à la porno et à la masturbation, le petit comique Joe Vegas raconte qu’il a de la difficulté à garder son pénis dans son pantalon. Comme Fame est présenté par le Festival Juste pour rire, le critique puritain en question suggérait qu’il était inapproprié qu’on garde une chanson qui parle de désir sexuel, étant donné les allégations qui visent Gilbert Rozon.

Si on doit retirer la moindre référence au cul, autant demander à tous les humoristes qui vont se produire au cours des prochaines années à Juste pour rire de ne plus jamais faire de blague en dessous de la ceinture.

Dieu que ce nouveau puritanisme me tombe sur les nerfs !