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Le canot de sauvetage

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Les visages sont longs cette semaine dans l’aile québécoise du NPD. Au Bloc québécois, les visages sont longs en permanence depuis quelques semaines. L’élection complémentaire de Chicoutimi—Le Fjord leur a tous deux confirmé ce qu’ils craignaient : ils ne sont plus dans la course.

Dans l’état actuel des choses, tous les députés québécois du NPD sont sévèrement en danger de perdre leur circonscription. C’est particulièrement vrai pour tout ce qui se situe hors de l’île de Montréal. Même les gros travaillants dans leur comté seraient lessivés par la faiblesse du parti.

Quant aux bloquistes, en ce qui me concerne, le verdict est clair : si une élection avait lieu d’ici quelques semaines, le Bloc ainsi que Québec debout, ce nouveau parti naissant formé de démissionnaires du Bloc, tous seraient rayés de la carte.

Rumeurs

Les rumeurs courent déjà depuis quelques mois que des députés de ces partis se parlent. Des néo-démocrates déçus et inquiets et des ex-bloquistes dans un cul-de-sac pourraient peut-être se trouver des intérêts communs. Pourraient-ils aller jusqu’à se lancer dans une aventure politique commune ?

Lorsqu’on se trouve dans un bateau qui coule, on est plus vite à voir le type d’à côté comme un ami potentiel. Des gens qui vivent le même drame en même temps finissent par se développer des liens fraternels. La conscience commune d’être condamnés platement à la défaite crée des affinités, presque de la solidarité.

Quelques-uns des néo-démocrates qui siègent présentement dans le caucus québécois ont déjà eu des affinités nationalistes. Compatibles avec la philosophie des démissionnaires du Bloc qui veulent mettre en priorité la défense des intérêts du Québec ? Pourquoi pas ?

Nouvelle force ?

Un peu de politique-fiction. S’ils unissaient leurs forces, les démissionnaires du Bloc et les députés du NPD au Québec seraient assez nombreux pour être reconnus comme groupe parlementaire aux Communes. Ils éclipseraient ce qu’il reste du Bloc qui deviendrait une quantité négligeable. Alexandre Boulerice pourrait en être le chef et Rhéal Fortin le leader parlementaire. Ou l’inverse ?

À première vue, il y aurait un certain nombre de sujets de divergence qui exigeraient des compromis de part et d’autre dans la création du nouveau parti. Mais les esprits seraient suffisamment au compromis pour aplanir le tout. Surtout qu’une plate-forme générale pour mettre de l’avant « les intérêts du Québec », ce n’est pas si complexe.

De toute façon, qui a les moyens de se braquer ? Quand le bateau coule, avez-vous déjà vu les gens suggérer de ne pas monter à bord du canot de sauvetage parce qu’il n’est pas de la bonne couleur ?

L’idée flotte à Ottawa. Mais les gens auront-ils l’audace de bouger ? La politique comporte une lourde force d’inertie. Les néo-démocrates en particulier sont encore dans un parti structuré qui va les retenir.

En plus, il faut faire vite. L’élection fédérale arrive dans 15 mois.

Et la couleur ? Lorsqu’on mélange l’orangé et le bleu, ça donne... du brun. Ouais...