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Le boss des grutiers n’a pas le diplôme qu’il exige

GEN-MANIFESTATION DES GRUTIERS
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Evans Dupuis a harangué la foule devant les bureaux montréalais de la Commission de la construction du Québec, jeudi.

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Celui qui réclame que les grutiers aient leur diplôme d’études professionnelles en poche avant de pouvoir travailler sur les chantiers reconnaît qu’il n’a lui-même jamais obtenu ce diplôme.

« Je vous le confirme. Et je vous confirme que mon frère [l’ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis] non plus », lâche Evans Dupuis, président de la section 791G de la FTQ-Construction.

Ce dernier précise avoir commencé à travailler en 1986, alors que l’obligation d’avoir un DEP de 870 heures pour pouvoir opérer une grue au Québec date de 1997.

Les grutiers ont entamé un débrayage illégal dès le 14 juin pour dénoncer notamment un changement de réglementation qui permet à des apprentis comptant 150 heures de formation de conduire des camions-flèches sur les chantiers.

En privilégiant la formation en entreprise, la Commission de la construction du Québec (CCQ) souhaite lutter contre la pénurie de main-d’œuvre.

Décision judiciaire

« J’ai été formé sur le tas, alors je connais bien le problème, rétorque Evans Dupuis. J’ai travaillé pendant cinq ans sans véritable formation avant de retourner sur les bancs d’école, et là je me suis rendu compte que j’étais dangereux. »

Le syndicaliste était présent hier matin avec une centaine de grutiers au local du 791G, à Anjou, au lendemain d’une décision du Tribunal administratif du travail ordonnant le retour au travail.

Un ordre appuyé par le ministre des Transports qui qualifie le mouvement d’« inacceptable et irresponsable ». Le ministre André Fortin a même menacé de mettre en demeure les syndicats de payer les dépenses causées pour l’arrêt de travail.

« Croyez-moi, les gars ont envie de revenir au travail, mais on ne peut pas le faire sans garantie sur le plan santé et sécurité, dit Evans Dupuis. On va avoir des morts sur les chantiers. Alors, de dire qu’on fait perdre de l’argent avec notre mouvement, c’est démagogique. »

Dans l’embarras

La position des grutiers met dans l’embarras les syndicats FTQ-Construction et Inter, qui ont appelé jeudi leurs membres à retourner sur les chantiers. Sans succès.

La FTQ-Construction a renouvelé son appel hier, mais pourrait-elle exclure les grutiers s’ils décident de ne pas rentrer travailler mardi ?

« Toutes les options sont sur la table et on les étudie », indique Philippe Lapointe, porte-parole de la FTQ-Construction.

– Avec la collaboration de Hugo Joncas