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Les pourboires en taxi sont remboursés aux médecins

La RAMQ a même pris la peine de leur rappeler

Les médecins qui travaillent hors des grands centres peuvent réclamer le remboursement des courses en taxi.
Photo d'archives Les médecins qui travaillent hors des grands centres peuvent réclamer le remboursement des courses en taxi.

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Québec a cru bon de rappeler aux médecins qu’il leur rembourse le pourboire lorsqu’ils prennent un taxi, et ce, même s’ils gagnent en moyenne plus de 350 000 $ par année et qu’ils sont travailleurs autonomes.

Dans une lettre envoyée il y a quelques semaines, la Régie de l’assurance­­­ maladie du Québec (RAMQ) rappelle aux médecins qu’elle rembourse le pourboire jusqu’à une hauteur de 15 % de la valeur totale de la course.

La missive porte uniquement sur la question du pourboire, et précise même qu’il n’est pas trop tard pour réclamer le remboursement des courses de taxi depuis mars 2017.

À la RAMQ, on précise que cette mesure ne s’applique qu’aux médecins qui travaillent dans les territoires situés hors des grands centres, qu’ils soient spécialistes ou omnipraticiens.

Or, dans le cas des médecins spécialistes, ces territoires comprennent une grande partie du Québec à l’exception des environs de la capitale nationale, de la grande région de Montréal et de l’Estrie.

Dans toutes les régions « éloignées » où ils peuvent réclamer un remboursement du pourboire, les spécialistes ont déjà droit à des majorations salariales variant entre 107 % et 145 % selon l’endroit.

Prime de déplacement

À cela s’ajoute une prime de déplacement de 109 $ de l’heure qui s’applique lorsque le spécialiste prend son automobile, l’avion, le train ou encore le taxi.

La porte-parole de la RAMQ, Caroline Dupont, soutient que la lettre a été envoyée parce que des questions avaient été posées à ce sujet. La RAMQ, dit-elle, souhaitait préciser qu’elle ne remboursait pas les pourboires correspondant à plus de 15 % du prix de la course.

La porte-parole indique toutefois que selon l’entente signée entre le gouvernement et les fédérations des médecins, « l’utilisation du taxi comme moyen de transport doit être justifiée et est réservée à de courtes distances dont il faut indiquer les points de départ et de destination. »

En colère

Le président du Conseil pour la protection des malades n’en revient pas.

« Pendant ce temps-là, on écœure le monde qui n’ont pas les moyens de rembourser l’ambulance, mais on rembourse le pourboire des médecins », dit Paul G. Brunet.

Même si ces dépenses sont autorisées depuis des années, la lettre reçue en mai a surpris certains médecins qui ignoraient même qu’ils avaient le droit de se faire payer le taxi.

« Oui, je paye un pourboire, mais je n’ai jamais demandé de remboursement de taxi », a indiqué un médecin sous le couvert de l’anonymat.

En plus de s’appliquer aux médecins, le remboursement des pourboires s’applique aussi aux chirurgiens dentistes.

Pas de véritables travailleurs autonomes

<b>Caroline Bédard</b></br>
<i>Travailleurs autonomes</i>
Photo courtoisie
Caroline Bédard
Travailleurs autonomes

Le remboursement des pourboires de taxi est une preuve de plus que les médecins ne sont pas de véritables travailleurs autonomes, selon certains intervenants.

Cela fait du moins dire à Caroline Bédard, présidente et directrice générale de l’Alliance québécoise des travailleurs autonomes, que les médecins ne sont pas de « vrais » travailleurs autonomes.

« Un vrai travailleur autonome qui perd un client doit faire du réseautage pour en trouver un autre. Ce n’est pas le cas des médecins », estime-t-elle.

« Le pourboire n’est pas une dépense obligatoire. Je ne vois pas pourquoi on permet de rembourser ça », poursuit-elle en rappelant que la RAMQ appartient à l’ensemble des Québécois.

Un seul client

Caroline Bédard dénonce le fait que les travailleurs autonomes qui n’ont qu’un seul client se retrouvent souvent dans la mire de Revenu Québec, qui veut s’assurer que ce ne sont pas de faux salariés.

Ce n’est pas le cas des médecins, selon elle.

« On leur donne ce statut pour des questions fiscales. La plupart sont incorporés en plus ».

« On est loin de l’autonomie. Quand tu n’as qu’un seul client, tu n’es pas un travailleur autonome », estime pour sa part Paul G. Brunet, du Conseil pour la protection des malades.

Ce dernier rappelle aussi que plusieurs médecins font affaire avec des agences de facturation qui leur permettent de maximiser les honoraires auxquels ils ont droit en vertu des ententes signées entre les fédérations médicales et le gouvernement.