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Policier ripou contre clergé pourri !

De ton fils charmant et clarinettiste, Richard Ste-Marie, Alire, 273 pages
Photo courtoisie De ton fils charmant et clarinettiste, Richard Ste-Marie, Alire, 273 pages

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Sans doute fallait-il un policier sans états d’âme et franchement ripou pour plonger dans les bas-fonds de l’Église, à la chasse aux curés aux mains sales. La traque sera captivante.

Des Marcel Banville, il n’en manque pas dans le monde du roman policier. Le cliché parfait du détective revêche, solitaire, célibataire, donnant parfois dans l’illégalité pour son profit et sans autre occupation que son travail. Bref, pas très sympa. D’ailleurs, Richard Ste-Marie, l’auteur qui l’a créé, dit lui-même en entrevue : « C’est le genre de personnage que je n’aime pas. »

Sauf qu’il a eu l’excellente idée de laisser Banville prendre la parole. Il donne ainsi à son irascible personnage une humanité qui donne très envie de suivre la drôle d’enquête dans laquelle il s’est lancé.

Ça démarre d’ailleurs crûment. Le roman s’ouvre sur la découverte du cadavre d’un vieux curé dont le sordide assassinat est accompagné d’une mise en scène qui ne laisse aucun doute sur les agressions pédophiles auxquelles il se livrait. Peu après, deux autres prêtres meurent à leur tour, l’un victime d’un cocktail Molotov, l’autre retrouvé pendu.

La direction du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) en est persuadée, il s’agit là de l’œuvre d’un tueur en série. Banville n’en est pas si sûr, mais que vaut l’avis d’un homme à quelques semaines de sa retraite et qui n’a jamais cherché à être dans les bonnes grâces de ses supérieurs ?

Le 1er avril 2017, Marcel Banville devient donc retraité, à 59 ans. Évidemment, rapidement il s’ennuie. Et l’affaire des vieux prêtres le chicote, le ramène à sa jeunesse. N’y avait-il pas aussi un curé qui venait voir sa mère, une femme qui élevait seule son fils unique et qui s’est suicidée alors qu’il avait 21 ans...

Son intuition lui dit que le SPVQ a pris le dossier du mauvais bord. Et comme lui-même, vu ses agissements passés, connaît des gens au nez fourré partout, bel et bien du mauvais bord, pourquoi ne pas enquêter pour son propre plaisir ? Et peut-être, chemin faisant, éclaircir son propre passé.

C’est ainsi que Banville arrivera à découvrir qui a tué les vieux prêtres et à quelles autres turpitudes, économiques celles-là, d’autres curés bien vivants se sont livrés. Ne restera au SPVQ qu’à cueillir les fruits de ce travail de l’ombre.

Auteur de cinq autres romans policiers et de nombreuses nouvelles, Richard Ste-Marie maîtrise le sens du détail qui donne de la crédibilité à un récit. Dans De ton fils charmant et clarinettiste, les scènes dans Limoilou, où réside son Banville, tout comme les allusions à l’actualité (le SPVQ est débordé par l’attentat de janvier 2017 à la mosquée) nous ramènent constamment au réel.

Couplé au souvenir du temps où l’Église en menait large, tout cela confère au roman un étonnant accent de vérité que ne déparent pas les états d’âme d’un retraité qui s’ennuie – mais qui ne nous ennuie pas, oh que non !