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Rire ensemble pour mieux vivre ensemble

Radio-Canada aurait l'intention de présenter une émission spéciale de La petite vie pour tourner la page sur l'année 2009 et commencer l'année 2010 de meilleure façon : steak, blé d'Inde, patates... steak, blé d'Inde, patates...
© Archives La famille Paré de La petite vie.

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Bonne Fête nationale !

Comment ça va aujourd’hui ? Étiez-vous aux Plaines d’Abraham ou à la Place des festivals ?

Avez-vous fêté le tout dans votre parc de quartier ? Allez-vous pique-niquer ce soir devant un bon spectacle ou serez-vous à la maison en compagnie du barbecue ?

Peu importe comment on célèbre, pour moi, l’important, c’est de célébrer ensemble.

Le 24 juin a cette capacité de nous rappeler, dans la bonne humeur, que nous sommes tous Québécois et d’en être fiers.

De manière générale, c’est la musique qui nous rassemble, d’où la forte présence des artistes de la musique sur les différentes scènes du Québec hier et ce soir. Dans un sens, pour moi, la St-Jean n’est pas réussie tant que je n’ai pas entendu « Le monde est stone » au moins trois fois.

L’humour aussi est capable de nous rassembler dans la bonne humeur. En fait, il est extrêmement puissant. J’en ai quelques preuves pour vous ce matin.

La puissance de La petite vie

Quand je rédigeais ma thèse, j’ai eu la chance de tombée sur quelques données impressionnantes concernant La petite vie.

On sait que cette comédie, mettant en vedette Claude Meunier et Serge Thériault, a franchi le cap des 4 millions de téléspectateurs. Dire que l’émission a été un succès populaire est un euphémisme.

L’impact de La petite vie va au-delà des chiffres.

Dans un article de La Presse datant de 2010, Claude Meunier affirmait que son émission a tellement rivé les Québécois à leur téléviseur que le ministre de la Santé de l’époque lui aurait écrit pour le remercier, car le lundi, jour de diffusion, moins de gens se présentaient dans les hôpitaux !

Clin d’œil personnel : je n’ai pas encore trouvé une ou un musicien ou un groupe de musique ayant la même force d’attraction, semaine après semaine.

Et ce n’est pas tout.

Au cours des années 1990, le Centre de recherche sur les médias de l’Université Laval s’était intéressé aux dynamiques de la consommation de la télévision par les communautés culturelles à Montréal.

Dans le rapport, on retrouve des témoignages concernant l’écoute de La petite vie par des immigrants. Chez ceux qui sont arrivés au Québec depuis au moins six ans à l’époque, plusieurs mentionnent que l’écoute de l’émission a favorisé leur intégration au travail.

Comment ? Parce que les mardis matins, autour de la machine à café, les collègues discutaient de l’épisode de la veille et échangeaient des expressions devenues fétiches. Afin de comprendre les blagues et de se joindre à la conversation, plusieurs se sont mis à écouter l’émission.

D’autres ont été initiés par des amis pour les aider à comprendre l’humour et les expressions québécoises.

Même que certains se sont servis de l’émission pour initier à la société québécoise de nouveaux amis récemment arrivés au Québec.

Ce genre de témoignages se retrouve dans tous les pays. L’humour, même si les subtilités culturelles sont difficiles à comprendre au début, devient rapidement un outil pour le développement des relations interculturelles. Et aussi, à plus petite échelle, un outil de relations interpersonnelles peu importe les origines, point final.

Et aujourd’hui ?

Vingt ans après la fin de La petite vie, est-ce que l’humour peut encore rassembler les Québécois et participer à l’intégration des nouveaux arrivants ? Tout à fait.

La première grande victoire, je crois, est la présence de nombreux humoristes de première, deuxième ou troisième génération d’immigrants qui connaissent le succès et dont les propos sont savoureux.

Et le plus beau dans tout ça ? C’est qu’ils n’ont pas besoin de jouer sur les stéréotypes de leurs origines pour nous faire rire – nous sommes de plus en plus au-dessus de ça comme public, toutes origines confondues.

Plusieurs le font au début, pour casser la glace, mais après un bout, cela s’efface naturellement. Je pense à Adib Alkhalidey, Neev, Eddy King, Mehdi Bousaidan, Rachid Badouri, Reda Saoui, Dorothy Rhau, Richardson Zéphir, et tellement d’autres !

D’autres, comme Sugar Sammy, joue la carte des stéréotypes à fond pour nous mettre un miroir en plein visage. Et on rit.

D’autres encore, comme Boucar Diouf, se servent de l’humour pour créer des ponts et mettre en exergue les points communs entre les cultures.

Et les preuves que l’humour continue de jouer un rôle dans l’intégration des nouveaux arrivants se cumulent encore et toujours.

La dernière qui est passée sur mon radar est ce superbe témoignage d’un immigrant, publié dans Urbania, rédigé après qu’il ait vu Josiane Aubuchon sur scène. Je me permets de citer :

« L’humour et la joie de vivre font partie intégrante du Québécois. Vous aimez beaucoup vos humoristes et c’est contagieux. J’ai d’ailleurs moi aussi commencé à aller dans des soirées d’humour. Je suis un fidèle de Josiane Aubuchon ; elle fait des blagues sur sa vie agricole et son amour pour les hommes ... Je ne comprends pas tout, mais j’apprends plein de choses ! Vous n'avez aucune idée à quel point l’humour m’aide à mieux comprendre la culture québécoise. »

Ce sera tout.

Bonne St-Jean !

P.S. On se retrouve dans quelques jours pour la suite sur l’humour américain et son retour vers le futur.