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Le voyage comme mode de vie

Eugénie-Laurence devant le cégep du Vieux Montréal, où elle étudie.
Photo Dominique Scali Eugénie-Laurence devant le cégep du Vieux Montréal, où elle étudie.

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Il y a un an, Le Journal publiait le portrait de 12 élèves ambitieux et allumés. Ils sont diplômés d’une des écoles secondaires les plus mal aimées de Montréal. Nous suivrons leur parcours jusqu’en 2021. 


La plupart des jeunes aiment voyager. Mais peu d’entre eux aiment voyager autant qu’Eugénie-Laurence Fafard-Drareni, qui a visité cinq pays cette année.

► Eugénie-Laurence Fafard-Drareni

  • 17 ans
  • Sciences humaines, profil optimonde

Elle avait à peine son diplôme d’études secondaires en poche l’été passé quand elle a fait son premier périple sans famille et de façon presque improvisée.

Le 3 juillet, une amie l’invitait à l’accompagner au Gabon, en Afrique. Le lundi suivant, elle prenait place dans l’avion.

« C’est un des moments les plus marquants de ma vie [...], celui où j’ai débarqué au milieu de la savane dans un village perdu à une heure du matin. »

« Je me suis dit : Wow ! C’est ça ma vie. Jamais je ne me suis sentie aussi invincible. »

En décembre, elle a passé une semaine à Casablanca, au Maroc. Puis en mai, trois semaines en Europe, dont une partie qu’elle a parcourue seule avec son sac à dos.

« Quand je disais [en entrevue l’an passé] que j’aime les voyages, je ne niaisais pas [...] Trois voyages par année, ce n’est pas assez. »

Pendant son séjour à Casablanca l’hiver dernier.
Photo courtoisie, Briand Nkoa
Pendant son séjour à Casablanca l’hiver dernier.

La piqûre

Ce n’est pas pour rien qu’elle étudie dans le profil « optimonde » du programme de sciences humaines, où tous les étudiants ont la piqûre du voyage, explique-t-elle.

Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait créé des liens très forts avec ses collègues de classe. Avec plusieurs, elle est d’ailleurs en train de préparer un séjour au Mexique pour la fin de leurs études.

« Je me sens tellement à ma place! » s’exclame celle qui préfère le cégep au secondaire. Ça fait du bien de ne pas être cloîtrée à l’école de 8 h à 15 h 30 avec les mêmes personnes tous les jours [...] Même après 14 semaines, je découvrais de nouveaux visages. »

« Je me rends compte à quel point les gens sont différents et à quel point ils sont beaux. Même les personnes avec qui tu as des problèmes, ils sont beaux. »

Reste que l’adaptation au collégial a été abrupte. Elle avait une grande facilité au secondaire.

« Mais au cégep, ce n’est pas du tout la même game. »

Elle se souvient avoir écrit à une professeure, car elle leur avait donné deux chapitres à lire, ce qui totalisait une soixantaine de pages. Elle voulait savoir quelles parties des chapitres devaient être lues.

« C’était juste ridicule comme question. Évidemment qu’il fallait lire les chapitres au complet ! » raconte-t-elle.

Elle a tout de même réussi sa première année avec des notes aussi excellentes qu’au secondaire.

Elle hésite toujours entre les relations internationales et le droit comme domaine d’études à l’université.

Elle s’est aussi découvert un intérêt pour l’enseignement depuis qu’elle travaille dans une école de musique.

Mais ces plans sont bien loin dans le futur. Surtout qu’elle a l’intention de prendre une année sabbatique après le cégep... pour voyager, bien évidemment.

LES PAYS QU’ELLE A VISITÉS EN UN AN

  • Gabon
  • Maroc
  • Royaume-Uni
  • Luxembourg
  • Belgique
  • L’an prochain : Mexique

Le grand amour peut bien attendre

C’est souvent au cégep que le premier grand amour frappe, même si la recherche de l’âme sœur est loin d’être la priorité des jeunes interrogés.

« C’était mieux que dans les romans », lâche Eugénie-Laurence. Dès le début du cégep, elle a rencontré un garçon avec qui elle a formé un couple pendant plusieurs mois.

« On pleurait de joie tellement on était en amour. C’était peut-être un peu naïf. »

Quand il l’a laissée cet hiver, elle a donc vécu sa première vraie peine d’amour. Mais aussi dur soit-il, cet épisode a eu plusieurs effets positifs, explique-t-elle.

Elle a appris qu’elle devait prendre soin d’elle, qu’elle était capable de passer à travers un deuil. Elle s’est donnée à fond dans la composition de musique et de poèmes.

Cet événement l’a rapprochée de sa mère.

« La peine que je vivais, c’était trop fort pour que je puisse la cacher [...] C’est là que tu te rends compte que tes parents sont passés par là eux aussi. »

Grandeurs et misères du couple

Être en couple n’est toutefois pas son objectif en ce moment.

« En amour, tu es tellement impuissant. Mais en même temps, c’est ce que j’aime. L’autre a le pouvoir de te rendre très heureux comme de te rendre très malheureux. »

Reste qu’elle a parfois peur de ne jamais revivre une histoire aussi intense.

« Maintenant que j’ai goûté à ça... Je sais que j’ai juste 17 ans. Mais ça fout la chienne », avoue-t-elle.

Elle n’est pas la seule cégépienne à être passée par là cette année. Autour de lui, Rafiul Haque a observé plus de couples se former.

« Des gens vraiment, vraiment en amour. Mais ce n’est pas tout le monde. Beaucoup sont plutôt dans leurs études. »

C’est le cas de Zayane Valcour. Avec une amie, elle avait parié une poutine qu’elle n’aurait pas de copain avant de commencer le cégep. Et elle a remporté sa poutine, avoue-t-elle en riant, avec un haussement d’épaules.

« Je suis toute seule et je suis très bien comme ça, témoigne aussi Marion Caucanas. J’ai déjà pas de temps pour moi avec le cégep, alors... »

« J’essaie de faire mon cégep sans avoir de blonde, déclare de son côté Aram Mansouri.