/opinion/blogs/columnists
Navigation

Non, notre école n'est pas celle qu'elle devait être!

Debout pour l'école !

Coup d'oeil sur cet article

Dans les dernières années, des milliers de nos concitoyens ont décidé de se lever pour que l’on rende à l’école publique – notre école – la place qui lui est due dans notre société. 

 
Je protège mon école publique, le mouvement L’école ensemble, Profs en mouvement et, dernièrement, Debout pour l’école ! rassemblent des parents, des enseignants, des professeurs d’universités et plusieurs autres acteurs de l’éducation qui refusent les fatalités d’une école publique abandonnée au nom des surplus budgétaires et d’une idéologie élitiste. 
 
Ils ont fait le choix de se lever et de se rassembler pour la cause la plus noble qui soit : l’avenir de tous nos enfants et avec eux, de notre société.
 
Cela parce que, malgré tous les hommages qui seront rendus à Paul Gérin-Lajoie, force leur est de constater que notre école n'est pas celle qu'elle aurait dû être.
 
Elle ne peut, dans l’état actuel, remplir la mission qu’on lui attribue hypocritement, entre autres car les choix qui ont été faits l’ont été pour favoriser les ambitions personnelles au détriment des aspirations collectives. Du Ministre remettant ses engagements au-delà de sa réélection à la mère s’endettant pour envoyer ses enfants au privé, notre école s’éloigne de ses fondements parce que ses principes humanistes ont été bafoués par les mensonges grossiers des impératifs politiques et économiques.
 
Pour le bien commun, notre école doit être accessible à tous et combattre l’inégalité des chances plutôt que discriminer selon des critères d’argent et de performance. Notre école n’aurait jamais dû devenir une marchandise.
 
Notre école doit faire l’objet d’investissements stables, consensuels et responsables et non être sans cesse bousculée par les stratégies d’une classe politique faisant nécessairement passer avant tout ses ambitions personnelles et ses idéologies partisanes. Notre école ne devrait jamais être soumise aux aléas des promesses électorales.
 
Notre école doit rendre à ses acteurs la reconnaissance et le respect qui leur sont dus, et non tenir pour acquis leur résilience et leur abnégation sans lesquelles, de toute évidence, elle s’écroulerait. Notre école n’aurait jamais dû en arriver à reposer sur leur épuisement pour pouvoir accomplir sa mission.
 
Nous en sommes alors à nous demander quelles ambitions, au fond, décident de l'avenir de nos enfants ?
 
Les dernières semaines nous ont rappelé de quelle manière notre école pouvait faire les frais d’un système politique complètement déconnecté du système scolaire dont il a pourtant la responsabilité. Tandis que des millions devaient être urgemment dépensés pour l’achat de nouvelles technologies du 21e siècle, il en manquait manifestement pour assurer les bienfaits culturels qu’aurait toujours du combler la gratuité scolaire. Ce n’est que le plus récent exemple de l’irresponsabilité d’un gouvernement qui croule pourtant sous les surplus budgétaires, mais qui en 15 ans n’a jamais su prévenir les difficultés auxquelles il se trouve aujourd’hui confronté. Au lieu de cela, la promotion indécente que les principaux partis font du réseau privé semble naître de la nécessité évidente d’une échappatoire à ce système public qu’aucun n’a le courage de sérieusement réformer.
 
Notre école, pour être fidèle aux principes et aux valeurs qu’on prétend lui attribuer, doit être revue et corrigée en profondeur. Les enjeux sociétaux qui déjà se dessinent exigent bien plus qu’un perpétuel rapiéçage. Ils ne se résument pas, par exemple, à l’ajout de cours d’éducation à la sexualité, de programmation, d’économie, ou d’anglais intensif dans un cursus déjà surchargé. De même, la meilleure éducation des futures générations ne sera jamais garantie par l’imposition d’un ordre professionnel enseignant, ou par l’abolition des commissions scolaires...
 
Néanmoins, chaque parti y va de sa définition de l’efficacité, et avec elle sont justifiés des bouleversements qui, même s’ils accaparent l’attention le temps nécessaire, ne s’attaquent jamais au véritable problème. Ils l'évitent même, faisant fi des avis du Conseil supérieur de l'éducation, reniant ainsi ces mêmes principes qu'ils prétendent défendre.
 
Ce problème, c'est que les idéaux humanistes qui furent à l’origine de notre système d’éducation - ceux de la Révolution tranquille - ont depuis, dans les faits, été oubliés. Ces idéaux soulignent l'importance de favoriser l’émancipation de chacun afin qu’il puisse participer et contribuer à sa société tout en ayant la possibilité de s’accomplir individuellement. Ils rappellent que notre école ne doit pas simplement former des travailleurs, elle doit former des citoyens autonomes et responsables, ouverts et critiques. Elle ne doit pas éclairer telle une lampe de poche tenue par on ne sait quelle main soi-disant bienveillante, mais bien rayonner sur le monde pour permettre de faire les choix les plus éclairés possible, pour l'individu et la société qui l’entoure.
 
C'est dans ce but que le collectif Debout pour l’école ! – dont je suis fièrement un membre signataire – dénonce les dérives dont fut et se trouve encore victime notre école. Il exige, études et propositions à l’appui, que soit orchestré au Québec le grand débat dont notre école a besoin pour assurer sa mission première de réduction des inégalités et d’émancipation universelle. Pour qu'elle puisse jouer le rôle qui est le sien.
 
 
* Rejoignez le collectif et prenez le temps de lire nos constats et propositions pour améliorer le système d'éducation québécois.